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Le jeûne n’est pas un remède miracle selon l’INSERM

Le jeûne n’est pas un remède miracle selon l’INSERM

L’INSERM a publié en 2014 un rapport d’expertise sur l’efficacité thérapeutique et l’innocuité de la pratique du jeûne.

Gueguen et ses collaborateurs ont publié une expertise INSERM en 2014 sur l’efficacité et l’innocuité du jeûne à visée préventive et thérapeutique. Les preuves scientifiques actuelles manquent pour conclure à son efficacité. Les mécanismes du jeûne sont imprécis et trop spéculatifs. Les études présentent de nombreux biais méthodologiques. Les études montrant des bénéfices ont une puissance statistique faible. Les études sur le jeûne d’une semaine rapportent de rares évènements indésirables, non graves et transitoires. Par contre, des effets indésirables graves ou potentiellement graves surviennent lors de jeûnes prolongés et/ou s’ils ne sont pas encadrés médicalement.


Le rationnel de l’étude

Le jeûne est une pratique ancienne qui consiste à s’abstenir de tout aliment (solide et liquide), à l’exception de l’eau, pendant une période plus ou moins longue. Depuis longtemps, le jeûne aurait des vertus de prévention, de conservation et d’optimisation de la santé. Une personne sur deux aurait essayé le jeûne. Il est défendu par des courants de pensée naturopathe et hygiéniste. Selon l’OMS, la naturopathie met l’accent sur la prévention et la promotion de la santé à l’aide de méthodes thérapeutiques qui favorisent les processus d’auto-guérison. Les naturopathes peuvent être amenés à préconiser la pratique du jeûne. Celui-ci permettrait une détoxication et une revitalisation. L’hygiénisme se définit comme un art de vivre en bonne santé par le respect des lois de la nature et par la bonne connaissance des aliments spécifiques à l’espèce humaine.

En France, la pratique du jeûne n’est pas proposée dans le cadre de la pratique médicale conventionnelle. Il existe des associations proposant des stages de jeûne supervisés par des médecins. Ces pratiques ne doivent pas être confondues avec des pratiques sectaires.

50% de la population française aurait recours au jeûne et en est satisfaite. Mais cette pratique est-elle efficace et réellement sans danger?

La question posée

Le jeûne est-il une pratique thérapeutique vraiment efficace et sans danger?

La méthode

Un groupe de travail de l’INSERM a réalisé un rapport pour évaluer l’efficacité et l’innocuité de la pratique du jeûne à visée préventive ou thérapeutique. Ce rapport a retenu 25 articles : 12 études comparatives dont seulement 7 randomisées, 9 études observationnelles, 1 étude de cas et 1 méta-analyse Cochrane. Les revues s’intéressaient à la pratique du jeûne dans le cas de polyarthrite rhumatoïde, de maladies chroniques diverses (douleurs chroniques, syndrome de fatigue chronique, dermatite atopique, troubles digestifs fonctionnels), hypertension artérielle, obésité et cancer. De plus, 2 études ont été réalisées sur des sujets sains afin d’évaluer les effets du jeûne sur des biomarqueurs du risque cardiovasculaire et sur la qualité du sommeil.

Les bras contrôle pouvaient être un groupe sans traitement ou un groupe avec un autre traitement actif (un régime par exemple).

Les critères de jugement étaient de nature cliniques (douleur, intensité des symptômes, poids, constantes de base, consommation de médicaments), biologiques (marqueurs de l’inflammation). Il pouvait s’agir de mesures subjectives rapportées par les patients.

L’intervention non médicamenteuse (INM) testée

Il existe 3 phases de jeûne :
– le jeûne court de 1 à 3-5 jours appelé phase protéique,
– le jeûne prolongé de 5 jours à plusieurs semaines appelé phase cétonique,
– le jeûne extrême de longue durée étudié seulement chez l’animal appelé phase terminale.

Généralement, les naturopathes et les hygiénistes ne préconisent pas le jeûne à titre thérapeutique mais plutôt à titre préventif ou pour permettre à l’organisme d’être capable de s’auto-guérir. Mais d’autres approches présentent des indications à la fois à visée préventive et thérapeutique. Le jeûne préconisé à titre préventif concerne la prévention du surpoids, de l’hyperlipidémie, de l’hypercholestérolémie, de l’hyperuricémie, du diabète de type 2, du stress, de l’hypertension et du tabagisme. Le jeûne préconisé à titre thérapeutique concerne le soin des maladies cardiovasculaires, des maladies du dos et des articulations, des maladies du tube digestif et des pathologies diverses telles que l’épuisement physique et psychique (burn out), les états dépressifs, la fatigue chronique, les migraines et les maux de tête.
Le jeûne peut être total ou partiel, continu ou intermittent, à durée variable. Il peut également être précédé d’une phase préparatoire, être suivi d’une phase de reprise progressive de l’alimentation, être associé au repos.

Les résultats principaux

Le faible nombre d’études ainsi que la méthodologie utilisée dans la plupart des cas ne permettent pas de tirer des conclusions sur l’efficacité du jeûne dans les différentes indications étudiées. Des bénéfices sont rapportés dans le cas de dermatite atopique, du syndrome de fatigue chronique, d’hypertension artérielle et des effets secondaires liés aux chimiothérapies. Les études présentent de nombreux biais méthodologiques (randomisation rare, pas d’étude multicentrique, diversités des types d’interventions et des techniques associées…). Les études montrant des bénéfices ont une puissance statistique faible. Les études sur le jeûne d’une semaine rapportent de rares évènements indésirables, non graves et transitoires. Par contre, des effets indésirables graves ou potentiellement graves surviennent lors de jeûnes prolongés et/ou s’ils ne sont pas encadrés médicalement. Les mécanismes du jeûne restent hypothétiques.

Aucune conclusion ne peut être émise à partir des résultats de ces études. Elles permettent uniquement de proposer des pistes à explorer par des essais randomisés contrôlés ultérieurs.


Le message pour les patients

Le jeûne est de plus en plus pratiqué par les français. Les personnes qui le pratiquent sont satisfaites. Mais une satisfaction n’est pas une preuve d’efficacité, loin de là. Cette récente expertise INSERM signale que les preuves d’efficacité et de sécurité manquent pour conclure positivement. Si son efficacité n’est pas prouvée, il semble être sans danger à court terme s’il est encadré médicalement. Le jeûne prolongé n’a pas étudié suffisamment étudié et incite à la prudence.

Le message pour les professionnels

Il devient urgent que la médecine basée sur la science étudie sérieusement le jeûne comme c’est le cas pour d’autres Interventions non médicamenteuses(INM). Cette INM pourrait devenir complémentaire d’autres thérapies.

Le message pour les chercheurs

Cette expertise de l’INSERM conclue que les études disponibles actuellement sur l’intérêt thérapeutique du jeûne sont trop peu nombreuses et souvent de mauvaise qualité méthodologique. Bien que des présomptions d’effets bénéfiques du jeûne existent, il est essentiel de le démontrer scientifiquement par de nouvelles études plus adéquates et méthodologiquement solides.

Le message pour les décideurs

Ce rapport d’expertise de l’INSERM de 2014 ne recommande pas le jeûne pour traiter un problème de santé compte tenu des données de la science à l’heure actuelle. Les indications thérapeutiques du jeûne relèvent aujourd’hui d’un mélange d’empirisme et de croyances sans vérification sérieuse, même si des observations animales et cliniques laissent paraître de belles promesses.


La référence

Gueguen J, Dufaure I, Barry C, Falissard B (2014). Evaluation de l’efficacité de la pratique du jeûne comme pratique à visée préventive ou thérapeutique. Paris: Editions INSERM.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2016). Le jeûne n’est pas un remède miracle selon l’INSERM. Blog en Santé, A78.

© Copyright 2016 Grégory Ninot. All rights reserved.

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