Lexique

Définir la notion de santé

Définir la notion de santé

«La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité». Cette définition de l’Organisation Mondiale de la Santé date de 1946 et n’a pas été modifiée depuis. Elle constitue le préambule à la Constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé adopté par la Conférence Internationale sur la Santé de New York le 22 juin 1946 et signé le 22 juillet suivant par 61 pays. Cette définition souligne la part subjective, globale, contextuelle et multidimensionnelle de la notion de santé. Autrement dit, une personne en fauteuil roulant peut être en meilleure santé qu’une personne ayant perdu son emploi. Deux personnes ayant strictement la même maladie peuvent avoir une santé totalement différente.

«La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité» (Organisation Mondiale de la Santé, 1946).

Etymologie du mot santé (health en anglais)

La définition du mot santé a évolué au fil des siècles. Le terme anglais health est apparu vers l’an 1000 avant Jésus Christ. Il provient du vieil anglais «hoelth» qui signifie être en sécurité ou globalité du corps et qui a donné le mot holistique. Le mot santé provient du latin «saluto», «salutavi», «salutare». Il signifie garder sain et sauf, préserver. Un deuxième mot latin est en lien avec la santé, «sano», «sanare» qui signifie rendre sain, guérir, réparer, ramener à la raison et «sanus», «sana», «sanum» qui signifie sain, en bonne santé, raisonnable. En Grec, la santé vient des mots «ugiès» être sain et raisonnable et «ugieia» état d’un corps sain.

Histoire courte

Au XIXième siècle, la santé a été conçue comme un capital (en anglais fitness), autrement dit comme un état de forme. Cette définition accordait une valeur mécanique à la santé. Un continuum s’échelonnait de la maladie vers la santé optimale. L’organisme pouvait être conditionné, renforcé, entraîné, transformé génétiquement. Chaque organe était analysé séparément et son fonctionnement comparé à une norme. Cette croyance légitimait les dérives comme le remplacement d’organe, le refus de vieillir, le dopage. Elle a permis le développement de thérapeutiques fondées sur le renforcement des ressources organiques et de spécialités médicales dédiées à un organe (cardiologie, pneumologie, neurologie…). La santé a été aussi conçue à cette époque comme une absence de maladie, le «silence des organes» écrivait Paul Valéry. Les professionnels de santé se focalisaient sur les symptômes et les agents pathogènes potentiels. Les individus étaient attentifs au moindre signe corporel et mental anormal. Toute confrontation à un agent pathogène devait être évitée. Cette conception a permis des prouesses biotechnologiques extraordinaires vers le toujours plus petit (de l’organe au gène), le plus précoce (du traitement tardif au dépistage) et le plus urgent (sophistication des dispositifs d’urgence). Elle suivait la logique de Louis Pasteur : des symptômes, une cause, un mécanisme, un traitement, une guérison.

Si ces deux conceptions ont permis des innovations sans précédent au cours des deux derniers siècles, elles ont aussi laissé le curatif supplanter le préventif en particulier en France. Elles ont aussi laissé penser que la médecine deviendrait toute puissante et pourrait guérir toutes les maladies et toutes les souffrances (Sicard, 2002). Et dans les projections les plus folles faire atteindre l’immortalité à certains humains…

Les connaissances récentes montrent à quel point la santé est le produit d’une interaction complexe d’un sujet avec son environnement, d’un patrimoine génétique avec son milieu écologique, social et culturel (épigénétique). Ces connaissances rétablissent un équilibre entre la thérapie et la prévention, entre les traitements et les soins, entre la biologie et la psychosociologie, entre le patrimoine génétique et le mode de vie. Elles remettent en lumière les conceptions antiques de la santé, fruit de nos comportements, de notre volonté et de notre biologie en interaction avec notre environnement physique, social et culturel. Pratiquement, cette définition implique qu’une intervention sur la santé d’un être l’humain ne peut se faire à son insu, sans comprendre d’où il vient et comment il vit. Du côté des professionnels, une équipe pluridisciplinaire sera ainsi conseillée pour traiter un problème de santé. Du côté du patient, la définition moderne de la santé implique que le patient ne soit plus passif mais acteur de sa santé, autrement dit qu’il assume une part de responsabilité sur les choix thérapeutiques et de prévention. Un bon exemple est la réhabilitation et le processus à long terme dans lequel s’engage un patient souffrant d’une maladie respiratoire chronique.


Le message pour les patients

La santé doit être entendue comme un bien-être physique, mental et social. Elle impose la prise en compte du ressenti du malade dans toute décision thérapeutique ou de prévention. Elle sous-entend la participation de l’individu à la vie de la société, c’est-à-dire son adaptation à ses conditions de vie et son acceptation par les autres comme un membre à part entière. Le Blog en Santé © utilisera cette définition.

Le message pour les professionnels de santé

La santé définie par l’OMS depuis 1946 doit être évaluée par des paramètres objectifs et subjectifs dans le secteur de la prévention comme dans celui du curatif. L’action en faveur de la santé n’appartient donc pas qu’aux soignants. En parallèle, les éducateurs ne peuvent plus avoir le monopole de la prévention, les soignants ont un rôle déterminant à y jouer. Le Blog en Santé © utilisera cette définition.

Le message pour les chercheurs

La santé ne peut se limiter à quelques signes cliniques (par exemple le pouls de repos), à quelques marqueurs biologiques (par exemple le taux de globule blanc dans le sang), aux réponses d’un interrogatoire sommaire (comment allez-vous ce matin ?) ou à un relevé du statut social (quel métier exercez-vous ?). Il y a donc une réalité biologique, psychologique et sociale dans la notion contemporaine de la santé qu’il est nécessaire de prendre en compte dans les études mécanistiques, observationnelles et interventionnelles. Le Blog en Santé utilisera la définition de la santé de 1946.

Le message pour les décideurs

La santé est un droit pour tous. Ce droit est contenu dans le préambule de la constitution de 1958, et dans la Déclaration des Droits de l’Enfant de 1959. L’OMS s’était fixée en 1977 pour objectif de faire accéder en l’an 2000 tous les habitants du monde à un niveau de santé leur permettant « de mener une vie socialement et économiquement productive ». Du travail reste à accomplir…


Références

Organisation Mondiale de la Santé (1946). Actes officiels de l’Organisation Mondiale de la Santé (n°2). Genève : OMS.

Sicard D (2002). La médecine sans le corps : Une nouvelle réflexion éthique. Paris : Plon.


Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2014). Définir la notion de santé. Blog en Santé, L1.

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