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Les preuves de l’efficacité de la réhabilitation respiratoire

Les preuves de l’efficacité de la réhabilitation respiratoire

Une étude prouve l’efficacité d’un programme de 6 semaines de réhabilitation multidisciplinaire chez les patients souffrant d’une Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO).

Un essai randomisé contrôlé britannique de Griffiths et ses collaborateurs publié dans la revue Lancet en 2000 vérifie l’efficacité d’un programme multidisciplinaire de réhabilitation basé sur l’exercice physique, le conseil diététique, le sevrage tabagique et l’éducation thérapeutique auprès de 180 patients présentant une BPCO. Les résultats mettent en évidence une amélioration des caractéristiques cliniques, de l’autonomie physique et de la qualité de vie des 92 participants au programme. Après un an, ces améliorations sont encore présentes et s’accompagnent d’une diminution par deux du nombre de jours d’hospitalisation. Cette étude apporte la preuve qu’un programme de réhabilitation respiratoire agit sur des facteurs biologiques et psychologiques tout en réduisant les coûts de santé liés aux hospitalisations dans la BPCO.


Le rationnel de l’étude

La Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO) est la cinquième cause de mortalité dans le monde. Cette maladie chronique touche un million et demi de personnes rien qu’en France. Environ autant de malades s’ignorent en confondant les signes d’une BPCO avec une bronchite ou en attribuant à tort ces difficultés à une fatigue passagère ou au vieillissement. La cause de cette maladie est essentiellement le tabagisme actif et/ou passif. Au moins 1 fumeur sur 10 est touché par cette maladie chronique. Le nombre de femmes affectées par la maladie augmente.

La BPCO est pour l’instant non guérissable, d’où le C de chronique. Son symptôme majeur est la dyspnée. C’est une sensation d’asphyxie qui va au delà d’un simple essoufflement survenant au cours d’un effort physique. Au premier stade de la maladie, cette sensation survient lors d’une montée rapide d’escaliers par exemple. Avec l’aggravation de la maladie, elle se produit au moindre effort. La maladie provoque progressivement un déconditionnement physique et un repli psychosocial. Plus le diagnostic de BPCO est tardif, plus ces dommages collatéraux sont importants. L’étude s’intéresse donc à réduire les conséquences physiologiques et psychosociales de la maladie par un programme associant un re-entraînement à l’effort, des activités physiques adaptées et de l’éducation thérapeutique. Ce type de programme se nomme réhabilitation respiratoire.

La réhabilitation respiratoire s’avère prometteuse dans la réduction des symptômes d’une broncho-pneumopathie chronique obstructive. Encore faut-il le prouver? 

La question posée

Un programme de réhabilitation de 18 séances à l’hôpital est-il efficace pour atténuer la sensation de dyspnée, augmenter l’autonomie physique et améliorer la qualité de vie des patients souffrant de BPCO?

Le protocole

Cet essai randomisé contrôlé britannique teste l’efficacité d’un programme multidisciplinaire de réhabilitation composé de trois séances par semaine à l’hôpital durant un mois et demi. Le groupe contrôle suit les recommandations et les traitements classiques. L’étude compare à la fin du programme de six semaines (T1) et à un an (T2) 92 patients BPCO âgés de 68,3 ans (groupe réhabilitation) à 88 patients de 68,2 (groupe contrôle) qui ont été aléatoirement répartis dans un des deux groupes. Les principales caractéristiques cliniques médicales et psychosociales sont évaluées ainsi que les jours d’hospitalisation et les consultations à domicile.

L’intervention non médicamenteuse (INM) testée

Les séances individualisées de 2 heures du programme de réhabilitation comprennent de l’exercice physique d’endurance (marche et vélo d’intérieur), du renforcement musculaire avec des élastiques, du conseil diététique, du sevrage tabagique pour les fumeurs et de l’éducation thérapeutique (management de la maladie, gestion du stress). Les participants sont invités à poursuivre ces activités à domicile.

Les résultats principaux

Les résultats de cet essai clinique non médicamenteux montrent des bénéfices statistiquement significatifs du groupe réhabilitation comparé au groupe contrôle à la fin du programme. Ces bénéfices persistent après un an au niveau de la dyspnée (progrès de 2 points à l’échelle CRDQ pour le groupe Réhabilitation), de la tolérance à l’effort (progrès en moyenne de 8 m au test de marche de 6 minutes pour le groupe Réhabilitation), des symptômes dépressifs (diminution de 1,1 pt au score dépression de l’échelle HADS pour le groupe Réhabilitation) et de la qualité de vie (amélioration de 3,4 au score Total du questionnaire Saint George pour le groupe Réhabilitation). Par ailleurs, les résultats montrent une différence significative du nombre de jours d’hospitalisation l’année qui suit le programme de réhabilitation (10,4 en moyenne pour le groupe réhabilitation contre 21,0 en moyenne pour le groupe contrôle).

graphique

 Figure: Evolution des performances au test de marche de 6 minutes des deux groupes à la fin du programme de réhabilitation puis à un an (distance parcourue exprimée en mètres)

L’étude démontre l’amélioration de l’état de santé et de la qualité de vie des patients souffrant d’une BPCO et une diminution par deux du nombre de jours d’hospitalisation dans l’année qui suit le programme de réhabilitation respiratoire.


Le message pour les patients

Si la réhabilitation ne guérit pas la BPCO, elle améliore la gestion de son symptôme majeur, à savoir la dyspnée. Elle améliore également l’autonomie physique, l’humeur et la qualité de vie des personnes souffrant de BPCO. Elle réduit les risques d’hospitalisation durant l’année qui suit le programme de réhabilitation.

Le message pour les professionnels

Un programme de réhabilitation de six semaines à raison de trois séances de deux heures par semaine améliore les facteurs cliniques, l’autonomie fonctionnelle, la qualité de vie et réduit par deux le nombre de jours d’hospitalisation dans la BPCO. Le nombre de 18 séances constitue un seuil minimal permettant d’obtenir des bénéfices significatifs. La multidisciplinarité inhérente au programme permet d’aborder toutes les facettes de la BPCO, et permet de dépasser l’approche réductrice du réentraînement à l’effort.

Le message pour les chercheurs

Le protocole teste l’efficacité d’un programme de réhabilitation en centre hospitalier où il est demandé à chaque participant de venir trois fois par semaine à l’hôpital durant six semaines. Si les auteurs ne distinguent pas les refus de participation et la non correspondance aux critères d’inclusion, plus d’un tiers des patients à qui on a proposé l’étude n’ont pas participé. Il serait ainsi intéressant de vérifier l’efficacité et l’acceptabilité des autres formes de réhabilitation, à savoir en cabinet/réseau multidisciplinaire ou en hospitalisation complète durant un mois. Cette étude aurait méritée d’inclure une analyse coûts/efficacité. Les auteurs l’ont faite dans une publication en 2001 dans la revue Thorax.

Le message pour les décideurs

L’essai clinique non médicamenteux démontre qu’un programme de réhabilitation ambulatoire de 6 semaines améliore l’état de santé, la qualité de vie et l’autonomie des patients BPCO tout en réduisant les coûts de santé dans l’année qui suit le programme (10 jours d’hospitalisation de moins en moyenne par patient). Ce programme nécessite une équipe multidisciplinaire formée à cette maladie et coordonnée.


La référence

Griffiths TL, Burr ML, Campbell IA, Lewis-Jenkins V, Mullins J, Shiels K, Turner-Lawlor PJ, Payne N, Newcombe RG, Ionescu AA, Thomas J, Tunbridge J (2000). Results at 1 year of outpatient multidisciplinary pulmonary rehabilitation: a randomised controlled trial. The Lancet, 355, 362-368.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©
Ninot G (2014). Les preuves de l’efficacité de la réhabilitation respiratoire. Blog en Santé, A1.

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