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Méthodes de rééducation physique et de psychothérapie associées contre le mal de dos

Méthodes de rééducation physique et de psychothérapie associées contre le mal de dos

Un essai clinique évalue l’avantage à long terme d’un programme combiné de rééducation physique et de psychothérapie comportementale comparé à un programme isolé dans le soin du mal de dos.

Un essai randomisé contrôlé suédois de Jensen et ses collaborateurs, publié dans la revue Pain en 2005, compare sur 3 ans de suivi l’efficacité et le ratio coûts/efficacité d’un programme de réhabilitation médicale et comportementale par rapport aux soins courants sur les congés maladies, la retraite anticipée et la qualité de vie liée à la santé chez des personnes souffrant de douleurs au dos. Le programme combiné montre des résultats supérieurs aux autres conditions. 137 509 euros sont économisés en dépense de santé pour chaque patiente en 3 ans.


Le rationnel de l’étude

Les études évaluant l’efficacité des interventions pluridisciplinaires sur les douleurs dorsales manquent de suivi à long terme. Les preuves de bénéfice de ces INM sur le coût-efficacité et la durée des arrêts maladie manquent aussi. Ainsi, cette étude vise à combler ces manques en évaluant les effets d’un programme pluridisciplinaire après trois ans de suivi.

Un programme de réhabilitation combinant deux interventions non médicamenteuses pourrait être efficace et coûts/efficace à long terme pour des patients souffrant de douleurs au dos.

La question posée

Un programme combinant deux INM permet-il, après 3 ans de suivi, de réduire la durée des arrêts maladie, de diminuer les pensions d’invalidité et d’améliorer la qualité de vie liée à la santé par rapport aux soins courants?

La méthode

L’essai randomisé contrôlé de Jensen et ses collaborateurs, évalue l’efficacité et l’utilité d’un programme pluridisciplinaire à long terme. L’étude porte sur 97 hommes et 117 femmes âgés entre 18 et 60 ans. L’essai clinique inclue des personnes souffrant de douleurs au dos non spécifiques. Les douleurs doivent être actuelles et continues datant d’au moins un mois et au maximum de six mois. Les participants ont été placés aléatoirement soit dans le groupe bénéficiant du programme de réhabilitation médicale et comportementale, soit dans le groupe d’activités physiques adaptées (APA), soit dans le groupe de thérapie cognitivo-comportementale (TCC), soit dans le groupe contrôle suivant les soins courants.

Les mesures principales concernaient les absences au travail (arrêts maladie et pension d’invalidité), l’utilisation des soins de santé (consultations, médicaments…) et la qualité de vie liée à la santé (questionnaire SF-36). Les participants ont été évalués en début de  l’intervention et en fin d’intervention puis à 6, 18 et 36 mois de suivi.

Les interventions non médicamenteuses (INM) testées

Les trois interventions ont duré un mois et ont été effectuées dans des groupes de 4 à 8 participants. Elles comprenaient une consultation médicale, six séances éducatives traitant des aspects psychologiques de la douleur chronique, de l’ergonomie et des aspects médicaux de la douleur chronique et une visite sur le lieu de travail. Six séances «booster» ont été proposées aux participants un an après le programme.

L’intervention en activités physiques adaptées (APA) visait à améliorer le fonctionnement physique et à faciliter un changement durable de comportement de l’individu. Chaque participant a reçu un programme personnalisé de 20 heures par semaine. Il comprenait la mise en place d’objectifs individuels, un renforcement musculaire à l’aide d’exercices d’intensité graduelle, un entrainement d’endurance, des cours de natation, des séances de relaxation selon la méthode de Jacobson et Westin et de prise de conscience corporelle.

L’intervention de thérapie cognitivo-comportementale durait en moyenne 13 à 14 heures par semaine durant un mois. Cette INM visait à améliorer la capacité des participants à gérer leur douleur et à reprendre une vie normale. Le programme comprenait des tâches de planification des activités, une mise en place d’objectifs, de la résolution de problèmes, de la relaxation, des techniques cognitives de coping, des techniques pour rompre les cercles vicieux, une réflexion sur le rôle des conjoints et la formation à l’affirmation de soi.

Une intervention comprenait la combinaison des deux précédentes durant un mois.

Les résultats principaux

Les résultats montre que l’intervention combinée est plus efficace que les interventions disciplinaires. L’intervention combinée est plus profitable aux femmes qu’aux hommes. Elles rapportent une meilleure qualité de vie liée à la santé et un retour au travail plus rapide. Les résultats montrent également un meilleur coût-efficacité du programme combiné, avec une réduction de 137 509 euros pour chaque femme à la fin des 3 années de suivi comparé au groupe contrôle.

Le programme de réhabilitation psychocorporel permet une économie de 137 509 euros en 3 ans par patiente souffrant de douleur au dos.


Le message pour les patients

Un programme combinant la pratique d’une activité physique à une thérapie cognitivo-comportementale améliore la qualité de vie liée à la santé et réduit les absences au travail et plus particulièrement chez les femmes.

Le message pour les professionnels

Le programme de réhabilitation pluridisciplinaire est une intervention rentable en terme de coût-efficacité pour améliorer la santé et augmenter le retour au travail chez les personnes souffrant de douleur au dos.

Le message pour les chercheurs

Cet essai clinique avait pour objectif d’évaluer l’efficacité après trois ans, d’un programme de réhabilitation pluridisciplinaire d’un mois sur les absences au travail, la qualité de vie liée à la santé et sur le coût-efficacité. Les résultats plus favorables chez les femmes que chez les hommes méritent d’en comprendre les raisons. Cette étude interventionnelle non médicamenteuse est exemplaire en matière de méthodologie.

Le message pour les décideurs

Les pertes de productivité dues au mal de dos nuisent à la croissance d’un pays. Le coût-efficacité de l’INM testée montre qu’un investissement dans ce type d’intervention améliore la qualité de vie de personnes, réduit le nombre d’arrêt de travail et réduit les dépenses de santé.


La référence

Jensen IB, Bergström G, Ljungquist T, Bodin L (2005). A 3-year follow-up of a multidisciplinary rehabilitation programme for back and neck pain. Pain, 115, 273-283.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2016). Méthodes de rééducation physique et de psychothérapie associées contre le mal de dos. Blog en Santé, A82.

© Copyright 2016 Grégory Ninot. All rights reserved.

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