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L’efficacité de l’auriculothérapie passée au crible

L’efficacité de l’auriculothérapie passée au crible

L’INSERM a publié en 2013 un rapport évaluant l’efficacité thérapeutique de l’acupuncture auriculaire.

Le rapport français rédigé par Gueguen et ses collaborateurs, publié par l’INSERM en 2013, analyse l’intérêt clinique de acupuncture au niveau des oreilles, autrement connue sous le nom d’auriculothérapie, dans plusieurs troubles de santé et maladies: le sevrage tabagique ou alcoolique, la douleur, la dermatologie, les nausées ou vomissements, l’anxiété préopératoire, les troubles du sommeil, la rhinite allergique, l’hypo-galactorrhée post-césarienne et l’endométriose. Pour la majorité de ces troubles, les données scientifiques et cliniques disponibles ne permettent pas de prouver l’efficacité de l’auriculothérapie. Les bénéfices les plus probables concernent le traitement des douleurs post-opératoires et de l’anxiété pré-opératoire.


Le rationnel de l’étude

L’auriculothérapie est une approche thérapeutique réflexe qui consiste à stimuler des zones précises des oreilles, soit par piqûre, soit par un autre type de stimulation (électrostimulation, massage, champ magnétique, laser, etc.). Cette pratique est censée soulager diverses affections : douleurs, addictions, troubles anxio-dépressifs, troubles fonctionnels. Elle est souvent associée à l’acupuncture mais ces deux techniques reposent sur deux corpus théoriques radicalement différents. En France, le cadre légal de l’auriculothérapie n’est pas défini. Pourtant, la sécurité sociale rembourse des actes d’auriculothérapie au même titre que des actes d’acupuncture lorsque les procédés de stimulation utilisés sont reconnus par l’assurance maladie et effectués par un professionnel appartenant au corps médical.

L’auriculothérapie fait partie des pratiques thérapeutiques complémentaires. Le développement de ces thérapies impose aux autorités de santé à vérifier leur efficacité et leur innocuité.

La question posée

L’auriculothérapie à visée thérapeutique est-elle efficace et sans danger?

La méthode

Un groupe de travail de l’INSERM a réalisé un rapport sur l’efficacité et l’innocuité de l’auriculothérapie. Ce rapport s’appuie sur 43 essais randomisés contrôlés et une méta-analyse de type Cochrane. Le nombre total de participants dans chaque groupe devait être supérieur à 25, tous âges confondus. Les populations étudiées devaient avoir une pathologie identifiée (dépendance tabagique ou alcoolique, douleur, trouble dermatologique, nausées ou vomissements, anxiété préopératoire, troubles du sommeil, rhinite allergique, hypo-galactorrhée post-césarienne et endométriose). Les essais combinant l’auriculothérapie avec d’autres interventions n’étaient pas inclus. L’intervention en auriculothérapie était comparée à un groupe contrôle sans traitement, placebo et/ou utilisant un autre traitement actif.

Les critères de jugement étaient généralement auto-rapportés par les patients (évaluation de la douleur, de la consommation de substance, évaluation de l’état psychique, etc.).

L’intervention non médicamenteuse (INM) testée

Selon l’HAS (2000, 2004), l’auriculothérapie est une intervention non médicamenteuse indiquée pour les pathologies fonctionnelles uro-génitales (énurésie), les syndromes anxio-dépressifs, les allergies (asthme, rhinite), les pathologies fonctionnelles et digestives (nausées et vomissements), les douleurs et les conduites addictives (tabagisme, alcoolisme, toxicomanie). Plusieurs techniques sont utilisées par les praticiens: la stimulation par aiguilles, la stimulation électrique, l’injection d’azote liquide, les micro-saignées, la stimulation par laser, la stimulation par champs magnétiques, la stimulation par pression, la stimulation par application locale de chaleur, la stimulation par projection de lumières colorées sur les points d’oreille. La fréquence et la durée du traitement recommandées par les praticiens varient selon la pathologie. Les essais cliniques retenus ont évalué l’efficacité de l’acupuncture auriculaire dans les indications suivantes : sevrage (cocaïne, tabac, alcool, opiacés, divers), douleurs (péri et/ou post-opératoire, chroniques, lombaires et pelviennes pendant la grossesse, aigue et migraine), dermatologie (verrues planes, psoriasis, acné), vomissements et nausées (post-opératoires, gravidiques), anxiété pré-opératoire. Les techniques utilisées incluaient la stimulation par aiguilles, par aiguilles semi-permanentes et par punaises semi-permanentes, par microsaignées, par électro-acupuncture, par laser, par stimulation magnétique et par massage. Le nombre de séances variait d’une seule à 40 séances réparties sur 8 semaines au maximum selon les études.

Les résultats principaux

Ce rapport résume les résultats différents en fonction de la pathologie traitée par l’auriculothérapie. Cette intervention semble efficace dans le cas des douleurs pré-opératoire et de l’anxiété pré-opératoire. Les études portant sur les autres troubles de santé sont trop hétérogènes et présentent des limites méthodologiques trop importantes pour pouvoir conclure à un bénéfice. L’auriculothérapie fait apparaitre des effets secondaires indésirables tels que le malaise vagal (assez fréquent), les vertiges (rare), les chondrites (exceptionnel). Les risques de l’acupuncture auriculaire sont communs à ceux de l’acupuncture corporelle. Généralement, ils sont mineurs et transitoires.

Des questions vis-à-vis de l’auriculothérapie restent en suspens : pour qui cette intervention fonctionne-t-elle ? Quels sont les sujets répondeurs et non répondeurs ? Le bénéfice observé est-il du à un effet placebo ou un réel effet thérapeutique ?

Compte tenu des études actuelles, il est impossible de conclure à l’efficacité et l’innocuité de l’auriculothérapie pour la plupart des troubles de santé. Le traitement de l’anxiété pré-opératoire et des douleurs post-opératoires semblent le plus prometteur.


Le message pour les patients

L’auriculothérapie a pour objectif de traiter différentes pathologies et symptômes à l’aide de stimulations réalisées sur le pavillon de l’oreille. Elle est proposée comme une thérapie complémentaire par certains praticiens mais à l’heure actuelle il est impossible de conclure sur son efficacité et son innocuité selon les auteurs du rapport. Toutefois l’auriculothérapie semble efficace dans le cas des douleurs post-opératoires et d’anxiété pré-opératoire.

Le message pour les professionnels

En France, contrairement au DIU d’acupuncture, le DIU d’auriculothérapie n’est pas reconnu par le Conseil National de l’Ordre des Médecins. Ce dernier met en œuvre une réflexion sur les médecines alternatives et complémentaires (MAC). Pour la majorité des indications présentées dans ce rapport, les données ne permettent pas de conclure. Cependant, l’auriculothérapie semble efficace dans le cas des douleurs post-opératoires et de l’anxiété pré-opératoire. La surveillance d’effets secondaires reste de mise.

Le message pour les chercheurs

Ce rapport de l’INSERM a sélectionné 43 études comparatives et randomisées dans le but d’évaluer l’efficacité et l’innocuité de l’auriculothérapie. La plupart de ces études, bien que les résultats observés semblent prometteurs, présentent de réelles limites méthodologiques. Des études plus rigoureuses doivent être menées. Dans le cas des douleurs post-opératoires et de l’anxiété pré-opératoire, de nouvelles études doivent être effectuées afin de confirmer ou d’infirmer ces résultats et de mieux comprendre les mécanismes d’actions. Ainsi, à terme, il sera possible de prouver si l’auriculothérapie a sa place ou non dans l’arsenal thérapeutique.

Le message pour les décideurs

Les données disponibles dans la littérature ne permettent pas de préciser le bénéfice/risque de l’auriculothérapie. Les cas des douleurs post-opératoires et de l’anxiété pré-opératoire semblent les plus prometteurs. Ceci invite à s’interroger sur la place à donner à cette intervention non médicamenteuse dans l’offre de soins.


La référence

Gueguen J, Barry C, Seegers V, Falissard B (2013). Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’auriculothérapie. Paris: Les éditions Inserm.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2015). L’efficacité de l’auriculothérapie passée au crible. Blog en Santé, A68.

© Copyright 2015 Grégory Ninot. All rights reserved.

2 thoughts on “L’efficacité de l’auriculothérapie passée au crible
  1. Nat'Ana-Line says:

    Il y a 20 ans, j’ai eu un accident de voiture qui a déplacé toute la structure osseuse côté gauche en direction du centre de mon corps. J’avais l’auriculaire écarté vers l’extérieur de la main avec impossibilité de le bouger. La kiné n’a pas fonctionné mais à l’époque, le kiné a entrepris des séances d’auriculothérapie et mon petit doigt a retrouvé toute sa flexibilité. Maintenant, c’est moi qui me forme à cette méthode.

  2. Robert Poujol says:

    Je consomme 0 medoc. Je cherche une méthode pour arrêter le tabac comme l’auriculothérapie, pas l’arnaque comme le laser.

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