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Place des thérapies complémentaires selon l’Académie Nationale de Médecine

Place des thérapies complémentaires selon l’Académie Nationale de Médecine

L’Académie Nationale de Médecine a publié en 2013 un rapport sur la place dans les soins hospitaliers de l’acupuncture, de l’ostéopathie, de la chiropraxie, de l’hypnose et du Tai-Chi.

Le rapport français rédigé par Bontoux et ses collaborateurs, publié par l’Académie Nationale de Médecine en 2013, analyse l’intérêt clinique de quatre techniques: l’acupuncture, la médecine manuelle (ostéopathie et chiropraxie), l’hypnose et le Tai-Chi. L’Académie Nationale de Médecine française range ces pratiques dans les «thérapies complémentaires». Ce rapport fait le point sur leurs bénéfices en suivant l’approche de la médecine basée sur les preuves (Evidence Based Medicine en anglais). Les auteurs concluent que ces quatre pratiques peuvent s’avérer efficaces pour certains troubles de santé. Néanmoins, ils recommandent d’établir des règles de bonne pratique pour harmoniser l’activité entre intervenants.


Le rationnel du rapport

Le grand public est ambivalent sur les progrès de la médecine. D’un côté, il admire ses prouesses scientifiques et technologiques. Mais, d’un autre, il la critique ouvertement lorsque les innovations ne guérissent pas, provoquent des effets secondaires ou engendrent des séquelles irréversibles. Près de 4 français sur 10 se tournent alors vers des thérapies complémentaires aux pratiques conventionnelles. Ces interventions non médicamenteuses sont très fréquemment utilisées dans les cancers, notamment sous l’appellation soins de support.

Le rapport l’Académie Nationale de Médecine identifie les liens entre la médecine conventionnelle et les thérapies complémentaires pour un bénéfice réciproque en terme de santé publique. Pour ce faire, il s’appuie sur des connaissances scientifiques issues de la médecine fondée sur les preuves pour mettre en évidence l’efficacité des thérapies complémentaires et leurs dangers éventuels.

400 interventions non médicamenteuses à « visée thérapeutique » sont répertoriées dans le monde. Certaines s’appuient sur des preuves médicales et scientifiques indiscutables. Mais, lesquelles?

La question posée

Quels sont les effets des thérapies complémentaires? Quelles sont leurs indications? Quelles sont leurs règles de bonne pratique?

La méthode

Un groupe de travail de l’Académie Nationale de Médecine a réalisé un rapport sur l’efficacité des thérapies complémentaires et leur place dans les soins. Le rapport dirigé par Daniel Bontoux synthétise les connaissances sur ces pratiques selon les principes de l’Evidence Based Medicine. Sur les 400 pratiques inventoriées, seuls l’acupuncture, l’ostéopathie, l’hypnose et le tai-chi ont été retenus. Les auteurs expliquent que ces 4 thérapies sont les plus nourries en études cliniques et qu’elles sont déjà utilisées par certains hôpitaux.

Les interventions non médicamenteuses (INM) testées

Acupuncture:
Son objectif est de réguler le yin et le yang du corps ou de certaines de ses parties en manipulant certaines zones spécifiques appelées «points d’acupuncture». L’acupuncteur utilise des aiguilles stériles à usage unique. 5 à 15 aiguilles sont insérées au niveau des points d’acupunctures puis laissées en place de quelques secondes à 20-30 minutes. L’utilité de l’acupuncture peut être considérée dans les indications suivantes: lombalgie, cervicalgie, arthrose des membres inférieurs, épicondylite, fibromyalgie, céphalées, douleurs de la grossesse et de l’accouchement, douleur de la dysménorrhée, nausées et vomissements de la chimiothérapie anticancéreuse. L’exercice de l’acupuncture est réservé aux médecins et aux sages-femmes qualifiées.

Ostéopathie et chiropraxie:
L’objectif de l’ostéopathie est de manipuler et de mobiliser diverses zones musculo-squelettiques et myo-faciales de manière non forcée et non instrumentale. La chiropraxie vise à traiter les troubles de l’appareil locomoteur en manipulant des vertèbres. Ces deux techniques font partie de la médecine manuelle dont seuls les médecins et les personnels de santé déjà formés et diplômés ont le droit de pratiquer. Cette pratique obéit à la règle de non douleur et impose un diagnostic médical avant toute manipulation.

Hypnose:
Son objectif est d’induire une «déconnexion» mentale et physique par la suggestion provoquant un isolement relatif de l’organisme par rapport à son milieu. L’hypnose crée un état d’attention focalisée considéré comme doté de vertus réparatrices et susceptibles de faciliter une meilleure homéostasie et un meilleur aménagement des relations de l’organisme avec son milieu. L’hypnose s’accompagne de manifestations cliniques et neurophysiologiques qui en garantissent l’authenticité et légitiment son utilisation thérapeutique. L’hypnose est une technique utilisée par des psychothérapeutes, des médecins et d’autres soignants.

 Tai-Chi:
L’objectif de cette méthode de gymnastique chinoise est un meilleur bien-être, une harmonie entre le corps et l’esprit pour une meilleure ouverture vers l’extérieur. Le Tai-Chi est une combinaison de techniques de relaxation, de respiration maîtrisée et profonde, et de postures définies enchaînées l’une à l’autre par des mouvements lents et harmonieux. Le nombre de postures est compris entre 24 et 108. Elle est pratiquée par des sujets sains, surtout les seniors, dans le but de conserver une bonne santé physique et mentale. Elle est également préconisée dans certaines pathologies.

Les résultats principaux

L’acupuncture peut apporter un bénéfice aux patients souffrant de lombalgie ou de cervicalgie chronique, de migraine ou de céphalée de tension, d’arthrose des membres inférieurs, d’épicondylite et aux femmes enceintes éprouvant des douleurs des lombes ou du bassin et lors des douleurs de l’accouchement. Cette technique prévient les nausées et les vomissements induits par les chimiothérapies anticancéreuses. Son utilité dans la fibromyalgie est incertaine. Son effet dans d’autres pathologies comme les accidents vasculaires cérébraux, l’asthme, l’autisme, la dépression, la schizophrénie n’est pas exclu, mais n’est pas démontré.

La médecine manuelle peut se montrer modérément efficace sur la lombalgie aigüe ou chronique, sur la cervicalgie aigüe ou chronique, sur la céphalée et les états vertigineux d’origine cervicale, et à moindre degré sur les migraines. La plupart des résultats des essais cliniques de la médecine manuelle manquent de pertinence liée à la faiblesse des effectifs.

L’hypnose est le plus souvent utilisée dans les cas de douleurs liées aux interventions médicales (chirurgies, vaccinations) et des effets secondaires des chimiothérapies anticancéreuses. Cette technique de psychothérapie s’avère efficace dans l’état de stress post-traumatique. Certains articles montrent la supériorité ou l’égalité des effets de l’hypnose par rapport au traitement de référence ou en l’absence de traitement. Par contre, d’autres articles se heurtent à des effectifs trop faibles et des biais méthodologiques trop nombreux pour vraiment conclure.

Le Tai-Chi améliore l’équilibre et réduit significativement le risque de chute chez les personnes âgées. Elle augmente la confiance en la capacité d’équilibration. Pour beaucoup de gériatres et professionnels s’occupant du vieillissement, le Tai-Chi est considéré comme un excellent moyen de prévenir les chutes, avec l’avantage de se pratiquer en groupe et d’agir sur les fonctions cognitives. Le Tai-Chi permettrait de diminuer l’hypertension artérielle. L’usage du Tai-Chi et surtout du Qigong permet d’améliorer la condition respiratoire de patients souffrant d’asthme, de BPCO ou de dilatation des bronches.

Les thérapies complémentaires devraient être plus utilisés dans les établissements de santé. Toutefois, cela nécessite de mieux identifier leur rôle, de réaliser un contrôle strict des personnels qui les dispensent, d’élaborer des guides de bonnes pratiques, et d’encourager la recherche clinique dans le domaine.  


Le message pour les patients

L’acupuncture, l’ostéopathie, la chiropraxie, l’hypnose et le Tai-Chi sont proposés comme thérapies complémentaires par certains hôpitaux. Ces pratiques doivent être encouragées selon l’Académie Nationale de Médecine lorsque les encadrants sont bien formés. Toutefois, elles ne doivent jamais être choisies par le patient comme une solution de premier recours, ni comme une solution thérapeutique alternative qui exposerait à des erreurs ou des retards de diagnostic et à la survenue de nouvelles pathologies.

Le message pour les professionnels

L’acupuncture, l’ostéopathie, la chiropraxie, l’hypnose et le Tai-Chi sont des thérapies complémentaires qui doivent progressivement s’intégrer dans les soins hospitaliers. Elles doivent être exercées par des personnels qualifiés et bien formés. L’ouverture de l’hôpital public à ce type d’interventions non médicamenteuses doit être encouragée notamment dans le but d’améliorer la qualité des pratiques et d’encourager la recherche. Des guides de bonnes pratiques devraient être ainsi rédigés au profit de tous les professionnels de santé.

Le message pour les chercheurs

L’ouverture récente des hôpitaux français, notamment universitaires, à la pratique de l’acupuncture, de l’ostéopathie, de la chiropraxie, de l’hypnose et du Tai-Chi devient l’occasion de mener de solides études cliniques. Des travaux sont souhaitables pour préciser les modalités de pratique, les indications et les niveaux de preuve, ces derniers restant assez faibles selon l’Académie Nationale de Médecine. Par exemple, des doutes persistent sur le rôle de l’effet placebo comme mécanisme d’action principal dans l’acupuncture. Il en est de même, tout du moins de manière partielle, pour la médecine manuelle. L’importance particulière de l’espérance, de l’attente du patient d’un résultat favorable est admise et prouvée par de nombreuses expériences. Il en est de même pour certains moteurs psychologiques tels que le conditionnement, la confiance, la motivation, la réduction de l’anxiété.

Le message pour les décideurs

L’efficacité de l’acupuncture, de l’ostéopathie, de la chiropraxie, de l’hypnose et du Tai-Chi est évoquée très souvent dans la presse. Pourtant, elle reste limitée à certains troubles de santé avec un niveau de preuve insuffisant. Mais l’intérêt du public pour ces pratiques oblige aujourd’hui à les considérer avec le plus grand sérieux et à encourager la recherche clinique selon l’Académie Nationale de Médecine car des débuts de preuve existent.


La référence

Académie Nationale de Médecine (2013). Thérapies complémentaires (acupuncture, hypnose, ostéopathie, tai-chi): Leur place parmi les ressources de soins. Paris: Académie Nationale de Médecine.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2015). Place des thérapies complémentaires selon l’Académie Nationale de Médecine. Blog en Santé, A41.

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