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L’entrainement cognitif retarde les effets du vieillissement

L’entrainement cognitif retarde les effets du vieillissement

Un essai clinique évalue l’efficacité durant 10 ans de programmes d’entrainement cognitif sur les capacités cognitives et les activités de la vie quotidienne des seniors.

Un essai randomisé contrôlé américain de Rebok et ses collaborateurs publié dans la revue Journal of The American Geriatrics Society en 2014 évalue l’efficacité de trois programmes d’entraînement cognitif supervisés de 14 séances chez des personnes en bonne santé de plus de 65 ans. Un programme d’entraînement se base sur des exercices de mémorisation, un second sur des exercices de raisonnement et un troisième sur des exercices de temps de réaction. Après 10 ans, les résultats montrent que les meilleurs bénéfices sont pour les groupes ayant participé aux programmes d’entraînement au raisonnement ou de temps de réaction comparés aux groupes contrôle (sans programme) et d’entraînement à la mémorisation.


Le rationnel de l’étude

Le déclin cognitif est lié au vieillissement. Il diminue l’autonomie des seniors dans activités instrumentales quotidiennes comme par exemple la préparation des repas, l’hygiène personnelle et les tâches ménagères.

L’entrainement cognitif a montré son utilité dans la réduction du déclin cognitif dans le vieillissement normal. Mais les preuves de son efficacité pour retarder les problèmes de gestion des activités quotidiennes manquent. Il est possible que l’amélioration du fonctionnement cognitif se transfère dans l’augmentation de l’autonomie dans les activités de la vie quotidienne, mais encore faut-il le démontrer sur une période suffisamment longue.

Par ailleurs, le contenu de ces programmes ne fait pas consensus. Certains pensent qu’il faut faire des exercices de raisonnement, d’autres des exercices de vitesse de réaction, et d’autres enfin des exercices de mémoire. Là encore, seul un essai randomisé contrôlé peut démontrer la supériorité d’un contenu par rapport à un autre.

L’entrainement cognitif proposé aux personnes âgées en bonne santé pourrait prévenir l’apparition de perte d’autonomie due au vieillissement. 

La question posée

Des entrainements cognitifs basés sur des exercices de raisonnement, de vitesse de réaction ou de mémoire peuvent-il retarder le déclin de l’autonomie dans les activités de la vie quotidienne de personnes âgées même après 10 ans?

La méthode

L’essai randomisé contrôlé américain de Rebok et ses collaborateurs s’intitule ACTIVE. Il compare trois types d’entrainement cognitif basés soit sur le raisonnement, la vitesse de traitement ou la mémoire, à un groupe contrôle n’ayant aucun entraînement particulier. 5000 personnes ont été contactées pour cette étude. 2832 personnes en bonne santé, âgées de 73,6 ans en moyenne ont acceptées de participer à cette étude. Elles ont été assignées aléatoirement dans un des quatre groupes (mémoire, raisonnement, vitesse de traitement ou contrôle). Les mesures ont été réalisées au début et en fin d’intervention, puis à 1, 2, 3, 5 et 10 ans après l’intervention.

Les capacités cognitives ont été évaluées à l’aide de tests neuropsychologiques spécifiques aux capacités mnésique, au raisonnement et à la vitesse de réaction. L’autonomie dans les tâches de la vie quotidienne a été évalué par un auto-questionnaire évaluant la capacité à gérer 19 tâches du quotidienne durant 7 jours (MDS Home Care) comme par exemple la préparation des repas, les tâches ménagères, les finances, les soins de santé, l’utilisation du téléphone, le shopping, les voyages, le besoin d’aide pour s’habiller, l’hygiène personnelle et la douche.

Les interventions non médicamenteuses (INM) testées

L’entraînement cognitif était réalisé en groupe de 10 personnes encadré par un professionnel. Chaque séance durait de 60 à 75 minutes pendant 6 semaines. Chaque programme comprenait 10 séances.

L’entraînement mnésique avait pour but d’améliorer la mémoire épisodique verbale grâce à l’apprentissage de stratégies pratiques de mémorisation.

L’entraînement au raisonnement visait une amélioration de la capacité à résoudre des problèmes.

L’entraînement basé sur la vitesse de traitement se focalisait sur la recherche visuelle et la capacité à traiter une information de plus en plus complexe présentée dans des temps d’inspection de plus en plus courts.

Une session de rappel (appelé «booster») de 4 séances a été proposée aux participants des groupes interventionnels sur la même modalité entre 11 et 35 mois après la fin de l’intervention non médicamenteuse initiale.

Les résultats principaux

L’étude ACTIVE montre que les personnes des trois groupes ayant suivi un entraînement cognitif présentent un déclin moins important au niveau de l’autonomie vis-à-vis des activités quotidiennes par rapport aux personnes du groupe contrôle 10 ans après. Les entrainements au raisonnement et au temps de réaction amènent des performances cognitives supérieures au groupe contrôle. Elles reviennent au niveau des performances réalisées de 10 ans auparavant, c’est à dire au début de l’étude. 60 à 70% en fonction des groupes de participants se sentent aller aussi bien qu’il y a 10 ans. Ce n’est pas le cas pour l’entraînement basé sur des exercices de mémoire.

Un programme d’entraînement cognitif basé sur des exercices de temps de réaction ou de raisonnement retarde le déclin des capacités cognitives et des pertes d’autonomie dans la gestion de la vie quotidienne. Ce n’est pas le cas pour l’entraînement basé sur des exercices de mémoire. 


Le message pour les seniors

14 séances d’entrainement cognitif basés sur le temps de réaction ou le raisonnement, supervisés et en groupe améliorent les capacités cognitives et l’autonomie dans la gestion des tâches de la vie quotidienne jusqu’à 10 ans après le programme par rapport à des personnes âgées qui ne s’entrainent pas ou qui suivent un programme d’entraînement à la mémoire.

Le message pour les professionnels

Un entrainement cognitif de 14 semaines pour les personnes âgées améliore les capacités cognitives et leur gestion des activités de la vie quotidienne. Même si ces améliorations se dissipent lentement avec le temps, elles persistent jusqu’à 10 ans pour les personnes ayant suivi un entrainement au raisonnement ou à la vitesse de traitement.

Le message pour les chercheurs

Cet essai randomisé contrôlé nommé ACTIVE est le premier à démontrer une efficacité sur 10 ans d’un entrainement cognitif sur les capacités cognitives et la gestion des activités de la vie quotidienne. La taille de l’échantillon est colossale, puisque 2832 personnes de plus de 65 ans ont participé à cette étude ayant débuté en 1998. Ces résultats offrent des pistes de réflexion pour le développement d’interventions innovantes, notamment celles ciblant plusieurs capacités cognitives. Ces dernières pourraient avoir un effet encore plus important.

Le message pour les décideurs

En prenant en compte les trois groupes entrainés, plus de 60% des personnes rapportent moins de difficultés dans les activités de la vie quotidienne en comparaison à 49% des personnes non entrainées. De plus, après 10 ans, 60% à 70% des participants étaient aussi bien sur le plan cognitif voire mieux qu’en début d’intervention. Les programmes d’entraînement cognitif ont le potentiel de retarder le début du déclin fonctionnel associé au vieillissement. Ils sont compatibles avec les soins gériatriques pour aider à maintenir et soutenir l’indépendance et l’autonomie. Avec la mise en place de ce type d’intervention non médicamenteuse, le nombre de personnes âgées touchées par un déficit fonctionnel en 2050 serait réduit de 38%. Un tel résultat constituerait un intérêt majeur en terme de santé publique.


La référence

Rebok GW, Ball K, Guey LT, Jones RN, Kim HY, King JW, Marsiske M, Morris JN, Tennstedt SL, Unverzagt FW, Willis SL (2014). Ten-year effects of the advanced cognitive training for independent and vital elderly cognitive training trial on cognition and everyday functioning in older adults. Journal of The American Geriatrics Society, 62, 16-24.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2015). L’entrainement cognitif retarde les effets du vieillissement. Blog en Santé, A55.

© Copyright 2015 Grégory Ninot. All rights reserved.

One thought on “L’entrainement cognitif retarde les effets du vieillissement
  1. Lelal says:

    Bonjour,
    Je trouve l’article intéressant, je vais en parler sur le site Colocation 40 ans + qui s’adresse aux seniors.
    Cordialement
    P. Lelal

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