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Toutes les activités physiques ne se valent pas lors d’une chimiothérapie

Toutes les activités physiques ne se valent pas lors d’une chimiothérapie

Un essai clinique compare l’efficacité de deux types de programmes d’activités physiques sur la condition physique, la fatigue, la qualité de vie et le taux de réalisation de la chimiothérapie programmée chez des patients traités pour un cancer du sein ou du colon.

Un essai randomisé contrôlé hollandais de van Waart et ses collaborateurs, publié dans la revue Journal of Clinical Oncology en 2015, compare pendant 6 mois l’efficacité de deux programmes d’activités physiques sur la forme physique, la fatigue, la qualité de vie liée à la santé, le taux d’achèvement de la chimiothérapie et le délais de retour au travail de patients traitées par chimiothérapie pour un cancer du sein ou du côlon. Les résultats montrent une amélioration de la qualité de vie, de la fatigue et de la condition physique pour les patients qui ont participé aux deux programmes d’activités physiques par rapport à ceux qui n’en ont pas bénéficié.


Le rationnel de l’étude

La chimiothérapie a prouvé son efficacité dans l’augmentation de la durée de vie des patients touchés par un cancer. Mais, ce traitement provoque des effets secondaires comme de la fatigue, une atrophie musculaire, une réduction de la condition physique, des nausées, des vomissements, des douleurs et une constipation. Au delà de ces symptômes qui limitent les activités de la vie quotidienne et les relations sociales et altèrent la qualité de vie des patients, ces effets secondaires affaiblissent certains patients à tel point qu’ils empêchent l’administration de la dose optimale de chimiothérapie. Autrement dit, des patients tolèrent difficilement le traitement et souffrent de troubles de santé (douleur, infections, dyspnée, œdèmes, neuropathie, insuffisance cardiaque) suffisants pour retarder la chimiothérapie, voire parfois l’arrêter. Son efficacité est d’autant plus réduite.

Des études commencent à montrer qu’un programme d’activités physiques mis en place pendant une chimiothérapie est bénéfique sur la fatigue, la force musculaire, le taux d’achèvement de la chimiothérapie et la qualité de vie. Cet essai clinique vise à comparer pour la première fois deux types de programme, l’un à domicile constitué d’exercices de faible intensité appelé «Onco-Move» et l’autre supervisé en établissement combinant des exercices d’endurance et de renforcement musculaire appelé «OnTrack».

Un programme d’activités physiques pourrait atténuer les effets secondaires d’une chimiothérapie d’un cancer.

La question posée

Quel est le type de programme d’activité physique à recommander lors d’une chimiothérapie?

La méthode

L’essai randomisé contrôlé hollandais de Waart et ses collaborateurs compare deux types de programmes d’activité physique pendant une chimiothérapie, l’un à domicile «Onco-Move» et l’autre supervisé «On Track» en établissement de santé. L’étude a inclus 230 patients atteints d’un cancer du côlon ou d’un cancer du sein, 71 dans le groupe «OnTrack», 62 dans le groupe «Onco-Move» et 64 dans le groupe contrôle. 12 centres hospitaliers hollandais ont participé à cette étude. Elle débutait pendant le premier cycle de chimiothérapie et se poursuivait jusqu’à trois semaines après le dernier cycle administré. Des tests physique et les questionnaires ont été réalisés à trois moments différents: avant le début de la chimiothérapie (T0), à la fin de la chimiothérapie (T1) et 6 mois plus tard (T2).

L’étude a évalué l’efficacité de ces interventions sur la forme physique, la fatigue, la qualité de vie liée à la santé, le taux d’achèvement de la chimiothérapie et le retour à l’emploi. Les tests physiques comprenaient principalement une évaluation de la capacité cardio-respiratoire et de la force musculaire. Les questionnaires comprenaient, entre-autres, l’évaluation de la fatigue à l’aide du Multidimensional Fatigue Inventory (MFI) et de la qualité de vie liée à la santé (EORTC QLQ-C30). Le taux d’achèvement de la chimiothérapie était évalué par le nombre de patients pour qui les doses de chimiothérapie ont été réduites.

L’intervention non médicamenteuse (INM) testée

Le programme d’activité physique «Onco-Move» visait à réduire les effets secondaires de la chimiothérapie et d’améliorer l’endurance des participants. Il consistait à réaliser des exercices physiques individuels à domicile de faible intensité. Des infirmières formées encourageaient les participants à réaliser au moins 30 minutes d’activité physique par jour, 5 jours par semaine. Le niveau d’intensité de l’effort était fixé entre 12 et 14 sur l’échelle de Borg.

Le programme d’activité physique «On Track» visait également à réduire les effets secondaires de la chimiothérapie et d’améliorer la condition physique des participants. Il demandait aux patients de réaliser des exercices supervisés d’intensité moyenne à élevée. Ce programme réalisé dans les établissements de santé combinait des exercices d’endurance et de renforcement musculaire. Les séances avaient lieu deux fois par semaine. Elles étaient encadrées par un enseignant en activités physiques adaptées formé aux soins de support. Le renforcement musculaire visait à solliciter les 6 grands groupes musculaires pendant 20 minutes, avec 2 séries de 8 répétitions à 80% de la répétition maximale (1RM). Chaque séance était ensuite suivie par 30 minutes d’exercices d’endurance. L’intensité était comprise entre 50% et 80% de la charge maximale de travail estimée par le Steep Ramp Test. Les participants de ce groupe étaient encouragés à être physiquement actifs 30 minutes par jour, 5 jours par semaine.

Les résultats principaux

L’étude montre qu’à la fin de la période de chimiothérapie les programmes «On Track» et «Onco-Move» améliorent la condition physique, la capacité cardiorespiratoire, la force musculaire, la fatigue, la nausée, le taux d’achèvement de la chimiothérapie par rapport aux patients du groupe contrôle et le délais de retour à l’emploi. Seulement, les bénéfices du programme supervisé en établissement de santé sont supérieurs sur tous les critères évalués à ceux du programme à domicile (à l’exception de la nausée). Les auteurs s’avancent à penser que l’exercice à cette intensité aurait un rôle protecteur contre la cardio-toxicité de la chimiothérapie.

Six mois après la chimiothérapie, les chercheurs n’observent plus de différences statistiques entre les trois groupes. Les valeurs sont revenues aux niveaux d’avant la chimiothérapie pour les trois groupes.

Des exercices d’endurance et de renforcement musculaire réalisés au sein d’un établissement de santé dans le cadre d’un programme supervisé par un professionnel en activités physiques adaptées à raison de deux séances par semaine sont préférables aux soins courants et à un programme d’endurance à domicile non supervisé. 


Le message pour les patients

Des exercices d’endurance et de renforcement musculaire suffisamment intensif réalisé dans le cadre d’un programme supervisé par un professionnel en activités physiques adaptées à raison de deux séances par semaine en établissement de santé sont préférables aux soins courants et à un programme d’endurance à domicile non supervisé.

Le message pour les professionnels

Un programme supervisé d’activités physiques adaptées d’intensité moyenne à élevée, 150 minutes par semaine en établissement de santé, est l’intervention non médicamenteuse la plus appropriée pour lutter contre le déclin de l’endurance cardio-respiratoire et de la force musculaire et l’augmentation de la fatigue lors d’une chimiothérapie. De plus, il permet une meilleure tolérance aux traitements. Le programme d’endurance non supervisé présente des bénéfices moindres.

Le message pour les chercheurs

La réalisation d’une activité physique d’intensité moyenne/élevée ou légère est sûre et efficace pendant la chimiothérapie d’un cancer. Ces deux programmes d’activités physiques sont préférables aux soins courants durant le traitement d’un cancer. C’est l’un des premiers essais cliniques à comparer des programmes d’activités physiques selon le mode (supervisé vs. non supervisé) et l’intensité (faible vs. modérée/élevée). De futures études sont à mener pour évaluer les barrières comportementales à la pratique d’une activité physique pendant et après les traitements du cancer. Il serait également intéressant de développer de nouvelles approches comportementales pour encourager les patients réticents à devenir plus actifs.

Le message pour les décideurs

Un programme supervisé d’activités physiques adaptées d’intensité moyenne à élevée, 150 minutes par semaine, deux fois par semaine en établissement de santé, est le programme le plus approprié pour lutter contre le déclin de l’endurance cardiorespiratoire et de la force musculaire et l’augmentation de la fatigue lors d’une chimiothérapie. De plus, elle permet une meilleure tolérance aux traitements et facilite un retour plus rapide aux activités professionnelles. Ainsi, des programmes d’activités physiques adaptées devraient être intégrés systématiquement dans les soins de support en oncologie.


La référence

Van Waart H, Stuiver MM, van Harten WH, Geleijn E, Kieffer JM, Buffart LM, Maaker-Berkhof M, Boven E, Schrama J, Geenen MM, Meerum Terwogt JM, van Bochove A, Lustig V, van den Heiligenberg SM, Smorenburg CH, Hellendoorn-van Vreeswijk JA, Sonke GS, Aaronson NK (2015). Effect of Low-Intensity Physical Activity and Moderate-to High-intensity Physical Exercise During Adjuvant Chemotherapy on Physical Fitness, Fatigue, and Chemotherapy Completion Rates: Results of the PACES Randomized Clinical Trial. Journal of Clinical Oncology, 33, 1918-1927.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2015). Toutes les activités physiques ne se valent pas lors d’une chimiothérapie. Blog en Santé, A51.

© Copyright 2015 Grégory Ninot. All rights reserved.

One thought on “Toutes les activités physiques ne se valent pas lors d’une chimiothérapie
  1. Sophia says:

    Excellent blog ! A chaque fois je découvre des articles très impressionnant! Bonne continuation et merci pour le partage

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