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L’écosystème des INM

L’écosystème des INM

Le siècle dernier a permis de découvrir les traitements de masse permettant de guérir un certain nombre de maladies organiques. Si cette logique a donné l’espoir de trouver le traitement curatif de chaque maladie, force est de constater que de nombreuses maladies dites chroniques, évolutives et d’origine multifactorielle (épigénétique, comportementale, exposomique) y échappent: diabète de type 2, maladies cardio-vasculaires, maladies neuro-dégénératives, dépressions, maladies respiratoires, arthroses, cancers… Ces maladies se complexifient et se cumulent avec l’avancée en âge et toutes sortes de précarités. Le modèle « 1 problème biologique => 1 mécanisme physiopathologique => 1 solution bio-thérapeutique » et un patient « passif » patine. Une maladie complexe impose des solutions multiples, à la fois préventives et thérapeutiques, personnalisées et ajustées au fil du temps. Elle nécessite une participation active du patient dans les choix et la mise en oeuvre. Pour ces maladies chroniques qui touchent 1 français sur 2, puis 3 français sur 4 à partir de 60 ans et dont les chiffres ne vont faire qu’augmenter avec le vieillissement de la population et les dépistages précoces, penser le curatif sans le soin et sans la prévention n’a plus de sens.

Le système de santé doit se réinventer. La santé doit devenir plus intégrative pour répondre aux attentes des personnes fragiles et des patients toujours plus nombreux, des familles désemparés et des médecins épuisés. La mutation disruptive de notre système de santé est nécessaire, irrémédiable, indispensable, vitale, c’est selon.

Des solutions innovantes en santé, les INM

Cette mutation en cours va élargir l’arsenal des solutions pertinentes pour la santé, leur combinaison dans une médecine et une approche de la santé devenues personnalisées, compréhensives et intégratives. Les interventions non médicamenteuses (INM) vont y jouer un rôle majeur au cours de ce siècle. Ces pratiques se distinguent des médecines alternatives, des pratiques pseudo-scientifiques et des offres socioculturelles par une recherche continue, une démarche qualité et une traçabilité des usages. La Stratégie française de Santé 2018-2022 invite à mieux les évaluer et les utiliser à bon escient. Les INM pertinentes prennent place dans la prévention et le soin au côté des traitements biomédicaux réglementés (Ninot, 2019). Des actions socioculturelles et environnementales y jouent aussi un rôle, mais ne suivent pas la même logique et ni la même temporalité en matière d’impact sur la santé. Hélas, ces INM ne profitent pas à tous pour l’instant. Seuls les plus riches des pays riches ont la connaissance, le temps et les moyens de les utiliser à bon escient, ou seuls les plus pauvres des pays en voie de développement n’ont pas d’autres moyens de se soigner.

La Plateforme universitaire CEPS

Nous avons créé à Montpellier en 2011 la Plateforme CEPS, une plateforme universitaire collaborative, pour réfléchir aux meilleures méthodes d’évaluation des bénéfices et des risques des INM pour la santé, l’autonomie et la qualité de vie. Nous avions la conviction que cette réflexion devait être menée avec tous les acteurs de l’écosystème, chercheurs, praticiens, préventeurs, acteurs sociaux, usagers, décideurs, jeune ou moins jeunes, malades ou non malades, mais surtout ensemble. La Plateforme compte à ce jour 140 collaborateurs de 11 nationalités. La Plateforme propose un liste d’invariants méthodologiques pour toute étude évaluant une INM. La Plateforme a aussi créé en 2011 le congrès scientifique international sur les INM nommé l’iCEPS Conference. Sa 8ième édition se tiendra à Toulouse du 19 au 20 mars 2020. La Plateforme a développé avec le soutien de partenaires académiques (Europe, État, Région Occitanie, Métropole de Montpellier, Institut National du Cancer, SIRIC Montpellier Cancer, CARSAT Languedoc-Roussillon, Agence Régionale de Santé Occitanie) des outils numériques Open science destinés à aider celles et ceux voulant évaluer les INM:
– une classification des INM,
– un méta-moteur de recherche des publications d’études évaluant les INM nommé MOTRIAL,
– un annuaire international des institutions et des chercheurs spécialisés dans l’évaluation des INM nommé NIRI,
– une bibliothèque des publications d’études cliniques ou interventionnelles évaluant les INM en prévention et soin des cancers nommée INMCancer,
– – une bibliothèque des publications d’études cliniques ou interventionnelles évaluant les INM dans le bien-vieillir nommée Bienvieillirinm,
– un système de partage des ressources académiques sur les INM nommé NISHARE.

Depuis l’Appel de Montpellier de 2019

Construire l’écosystème des INM au profit de toutes et tous comme l’y invite la Haute Autorité de Santé depuis 2011 et l’Organisation Mondiale de la Santé depuis 2013 par exemple dépasse largement les compétences et missions de la Plateforme CEPS. Aussi, nous avons lancé en 2019 avec cinq partenaires français (C2DS, CESP, CUMIC, GETCOP, OMNC) un appel aux décideurs français et européens, publics et privés, pour sortir des dérives actuelles (abus de faiblesse, exercice illégal, désinformation…). Nous l’avons intitulé l’Appel de Montpellier. Le document fait état d’un bilan et formule des propositions pour avancer. Un site Internet a recueilli les avis des usagers et des professionnels jusqu’au 17 mars 2020. Elles ont été discuté le 18 mars 2020. L’objectif est de co-construire un argumentaire pour l’intégration des INM dans les parcours de soin, de santé et de vie, une liste de propositions innovantes sur la prise en charge économique des INM, un canevas de description des méthodes, une stratégie d’évaluation des pratiques et usages, des attendus sur les formations initiales et continues et des propositions organisationnelles (fonctionnelles, règlementaires…).

Nous évaluerons l’impact de ces propositions en France à l’occasion du 9ième iCEPS Conference à Paris le 17 mars 2021, puis en Europe lors du 10ième iCEPS Conference à Bruxelles le 16 mars 2022, puis dans le monde lors du 11ième iCEPS Conference à Genève le 15 mars 2023. Nous les ferons évoluer en fonction des avancées et des propositions des contributeurs à la construction de cet écosystème, qui ne s’oppose à aucun autre, mais répond juste à un besoin de notre société « post-moderne ».

La Classification des INM

En une vingtaine d’années, la recherche a permis d’isoler des méthodes efficaces et sûres pour la santé humaine, les INM. Elles se distinguent des médecines alternatives et des offres socio-culturelles. Des scientifiques du monde entier les appellent des INM. Les professionnels disposent aujourd’hui d’INM mieux décrites, mieux validées, mieux ciblées, mieux dosées, mieux personnalisables, mieux combinables et mieux suivies.

Selon la Plateforme CEPS, elles se déclinent en 5 catégories et 21 sous-catégories comme le montre le schéma ci-après.


Conclusion

L’essor des INM en France, en Europe et dans le monde est devenu une évidence. Un livre publié en 2019 chez Dunod donne partage les éléments factuels justifiant de cet engouement inexorable des INM. Il aborde leur périmètre, les raisons de cet engouement, leurs mécanismes d’action, leurs bénéfices, leurs risques, leurs modes d’utilisation, leurs usages et leurs évaluations. Comme toute nouvelle approche disruptive, les INM doivent prendre leur place, toute leur place, mais rien que leur place. Elles ne remplaceront pas les autres thérapies existantes, au contraire elles vont les potentialiser. Elles devront également donner des garanties de ne pas prêter le flanc à toute forme de charlatanisme, d’emprise et d’abus (Académie Nationale de Médecine, 2013; Falissard, 2016; HAS, 2011; Ninot, 2013; OMS, 2013). Une normalisation et une labellisation des pratiques et des professionnels deviennent aussi indispensables qu’urgentes.


Références

Académie Nationale de Médecine (2013). Thérapies complémentaires: Leur place parmi les ressources de soins. Paris: Académie Nationale de Médecine.
Falissard B (2016). Les « médecines complémentaires » à l’épreuve de la science. Recherche et Santé, 146, 6-7.
HAS (2011). Développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses validées. Paris: HAS.
Ninot G (2013). Démontrer l’efficacité des interventions non médicamenteuses: Question de points de vue. Montpellier: PULM.
Ninot G (2019). Guide professionnel des interventions non médicamenteuses. Paris: Dunod.
OMS (2013). Stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle pour 2014-2023. Genève: OMS.


Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2020). L’écosystème des INM. Blog en Santé, A88.

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