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Des gestes simples pour prévenir l’aggravation d’une insuffisance cardiaque

Des gestes simples pour prévenir l’aggravation d’une insuffisance cardiaque

L’American Heart Association ou Association Américaine du Cœur a mené une expertise collective sur les comportements à mettre en place pour limiter l’aggravation d’une insuffisance cardiaque et améliorer la qualité de vie des personnes en souffrant. L’Association recommande une intégration de ces changements comportementaux dans une stratégie globale, durable et concertée avec les professionnels et les proches.

L’expertise collective américaine de Riegel et ses collaborateurs, publiée dans la revue Circulation en 2009, demandée par l’American Health Association ou Association Américaine du Cœur met en avant le «self-care» pour prévenir l’aggravation d’une insuffisance cardiaque. Cette éducation à l’autogestion de la maladie s’appuie principalement sur une meilleure adhésion aux traitements et sur un changement de comportement en termes d’alimentation et d’activité physique. Agir sur ces trois volets diminue les dépenses liées à la santé et surtout épargnent les patients de nouveaux traitements et de nouvelles hospitalisations.


Le rationnel de l’étude

L’insuffisance cardiaque est une maladie du cœur, ce dernier n’étant plus en mesure d’assurer le flux sanguin demandé par l’organisme. Son origine est diverse, hypertension, anomalie cardiaque,  pathologie coronarienne, diabète. L’insuffisance cardiaque est essentiellement présente chez les personnes âgées. Cette maladie chronique détériore la qualité de vie et provoque des décès prématurés. Elle représente un coût économique et humain important pour le système de santé. Par exemple, 1 million d’américains souffrant de cette maladie sont hospitalisés chaque année.

Le «self-care», connu en France sous le concept restrictif d’autogestion que certains auteurs restreignent encore au simple respect des prescriptions médicamenteuses (autrement dit la compliance), se défini comme un processus d’engagement actif du patient dans les décisions et les comportements en lien avec sa maladie et son état de santé. Les comportements visent le maintien des équilibres physiologiques et l’ajustement optimal aux symptômes de la maladie chronique. Dans le cas de l’insuffisance cardiaque, les comportements visent aussi la prévention des comorbidités comme l’hypertension et le diabète, des symptômes anxio-dépressifs, des troubles cognitifs et des troubles du sommeil. Les comportements visent enfin un ajustement optimal à l’avancée en âge. Une stratégie pertinente de «self-care» devrait prendre en compte l’ensemble de ces aspects. L’American Health Association a demandé à des experts comment cela devait se traduire concrètement pour les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque.

Les conséquences systémiques de l’insuffisance cardiaque nécessitent de repenser les stratégies comportementales d’autogestion de la maladie et de l’état de santé. 

La question posée

Quelles actions recommander aux patients et aux professionnels de santé pour développer le «self-care»?

La méthode

L’Association Américaine du Cœur a commandité une expertise collective sur le rôle et les modalités des stratégies de self-care dans l’insuffisance cardiaque. Le rapport rédigé par Rieger et ses collaborateurs propose un état des connaissances issues d’études cliniques évaluant des programmes d’éducation à l’autogestion de l’insuffisance cardiaque. Il détaille d’une part les techniques comportementales d’autogestion et leurs bénéfices sur les indicateurs de santé associés à l’insuffisance cardiaque, et d’autre part les facteurs qui entravent et facilitent le changement de comportements.

L’Intervention Non Médicamenteuse (INM) testée

Les programmes de self-care s’appuient sur des stratégies d’apprentissage de techniques comportementales d’autogestion de l’insuffisance cardiaque. Ils visent l’adhésion aux traitements médicamenteux, une alimentation saine et une pratique régulière d’activité physique. Ils forment également les patients aux signes d’aggravation en lien avec l’insuffisance cardiaque tels qu’un changement de poids corporel, un manque d’appétit, un essoufflement anormal, une fatigue persistante, des troubles du sommeil, des troubles de la mémoire, un stress continu et une confusion mentale. Une alimentation limitée en sel, en sucre et en matière grasse est recommandée. La consommation d’alcool doit être réduite au maximum, et si possible stoppée. Une variation de poids de corps doit alerter. Une activité physique régulière est recommandée comme l’arrêt de toute forme de tabagisme, l’hygiène dentaire et la vaccination annuelle contre la grippe. Ces INM s’apparentent à ce que l’on appelle en France des programmes d’éducation thérapeutique.

Les résultats principaux

Les comportements d’autogestion recommandés pour les patients souffrant d’insuffisance cardiaque englobent l’adhésion aux traitements médicamenteux, une alimentation saine et une pratique régulière d’activité physique. Des indicateurs liés à l’insuffisance cardiaque tels qu’un changement de poids corporel, un manque d’appétit, un essoufflement anormal, une fatigue persistante, des troubles du sommeil, des troubles de la mémoire, un stress continu et une confusion mentale sont importants à détecter. Les patients et leurs proches sont encouragés à y être plus attentifs et de ne pas attendre pour consulter en les confondant à une simple conséquence du vieillissement par exemple.

Renforcer les stratégies de «self-care» chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque permettrait de réduire le nombre d’hospitalisations, d’augmenter le taux de survie, de diminuer les coûts des soins de santé et d’améliorer la qualité de vie. Des actions motivationnelles et de soutien social doivent être initiées afin de maintenir durablement les changements de comportements de santé. En amont, la coordination des professionnels du soin et de la prévention dans les messages et actions proposés aux patients sera primordiale pour ne pas les dérouter. La recherche dans le domaine du «self-care» doit être encouragée.

Il est primordial d’intégrer un programme d’autogestion globale de la santé au parcours de soin des patients souffrant d’insuffisance cardiaque. Les professionnels de santé sont encouragés à impliquer les proches des patients pour en attendre les meilleurs résultats médico-économiques. 


Le message pour les patients

Les experts réunis par l’Association Américaine du Cœur incitent les patients souffrant d’insuffisance cardiaque à plus collaborer avec leurs soignants dans le but d’élaborer des stratégies comportementales efficaces. C’est le «self-care». L’implication de la famille, d’amis et de personnes souffrant de la même maladie est un gage de succès. Les patients doivent apprendre à reconnaitre les signes et les symptômes de l’insuffisance cardiaque lorsqu’ils surviennent (manque d’appétit, fatigue, déprime, trouble de la mémoire, stress continu, confusion mentale). Une alimentation limitée en sel, en sucre et en matière grasse est recommandée. La consommation d’alcool doit être réduite au maximum, et si possible stoppée. Une variation de poids de corps doit alerter. Une activité physique régulière est recommandée comme l’arrêt de toute forme de tabagisme, l’hygiène dentaire et la vaccination annuelle contre la grippe.

Le message pour les professionnels

L’article souligne l’importance de la prise en compte des comorbidités dans l’insuffisance cardiaque. Une proportion importante de cette population ressent des symptômes dépressifs, anxieux et des troubles de la cognition. Les troubles du sommeil sont relativement fréquents et peuvent compromettre l’efficacité de l’autogestion ou « self-care ». Les professionnels de santé devraient intégrer ces stratégies comportementales au parcours de soins.

Le message pour les chercheurs

Des recherches complémentaires sur le «self-care» sont nécessaires. Elles devraient permettre une meilleure compréhension du rôle de l’alimentation, des symptômes anxio-dépressifs et des troubles de la cognition sur les comportements de « self-care » de l’insuffisance cardiaque. Des méthodes précises,  et cohérentes de surveillance des symptômes doivent être développées. Les études interventionnelles du domaine devraient prendre en compte plus d’indicateurs de santé (dont la survie et la qualité de vie) et des mesures du ratio coûts-efficacité. Le rapport incite à réaliser des essais randomisés contrôlés pour rendre crédible et plus généralisable l’implantation de programmes de « self-care » dans le système de santé actuel.

Le message pour les décideurs

La prise en charge du million de personnes souffrant d’insuffisance cardiaque aux Etats-Unis doit évoluer selon les experts réunis à la demande de l’Association Américaine du Cœur. La gestion de cette maladie chronique par les patients eux-mêmes n’est pas optimale. Elle provoque des surcoûts humains et financiers considérables. Des programmes validés scientifiquement d’éducation au « self-care » devraient être systématiquement intégrés au parcours de soin de chaque malade, et ce de l’hôpital jusqu’au domicile du patient en passant par la médecine de ville.


La référence

Riegel B, Moser DK, Anker SD, Appel LJ, Dunbar SB, Grady KL, Gurvitz MZ, Havranek EP, Lee CS, Lindenfeld JA, Peterson PN, Pressler SJ, Schocken DD, Whellan DJ (2009). Promoting self-care in persons with heart failure: A scientific statement from the American Heart Association. Circulation, 120, 1141-1163.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2015). Des gestes simples pour prévenir l’aggravation d’une insuffisance cardiaque. Blog en Santé, A38.

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