La surveillance électronique à domicile pour prévenir la dépression et l’anxiété des seniors

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Un essai randomisé contrôlé de Bosmans et ses collaborateurs publié dans la revue International Journal of Geriatric Psychiatry en 2013 teste les bénéfices d’un système électronique de surveillance auprès de 93 personnes sans troubles dépressifs, anxieux ou cognitifs vivant dans une maison résidentielle spécialisée comparées à 92 personnes sans appareillage particulier. L’intervention testée comporte un système de vidéosurveillance, plus en cas de besoin et de manière graduelle, un programme d’aide à la gestion de la dépression avec un « coach », une consultation avec une infirmière faisant le « point sur la vie », enfin une consultation chez un médecin généraliste. Après 10 mois, l’étude ne met pas en évidence de bénéfices sur les scores de dépression. Le nombre de troubles anxieux a doublé dans le groupe intervention contrairement à celui du groupe contrôle qui est resté stable. Statistiquement, aucune différence n’est obtenue entre les groupes sur les marqueurs d’anxiété, de dépression ou de qualité de vie. L’étude analyse également les coûts de santé. Le groupe intervention présente un surplus de dépenses de 838 euros mais la différence entre les deux groupes n’est pas statistiquement significative. Les auteurs concluent en mentionnant que le système testé n’apporte pas la preuve de son intérêt auprès de personnes qui ne souffrent pas de troubles anxieux ou de dépression et qui vivent en résidence spécialisée.

Le rationnel de l’étude

L’anxiété et la dépression sont des troubles fréquents chez les personnes âgées vivant en résidence spécialisée. Elles touchent près d’un tiers de cette population. Prévenir ces troubles par un système électronique de vidéosurveillance détectant précocement des signes de dépression ou d’anxiété accompagné d’un programme d’éducation thérapeutique peut être une solution prometteuse autant pour des aspects médicaux que des aspects économiques.

La question posée

Un système de vidéosurveillance destiné à repérer les signes de dépression et d’anxiété associé à un programme d’éducation thérapeutique graduel diminue t’il les troubles anxio-dépressifs et les coûts des soins chez les personnes âgées vivant en résidence spécialisée?

Le protocole

L’essai randomisé contrôlé vérifie les bénéfices d’un système électronique de surveillance auprès de 93 personnes sans troubles dépressifs, anxieux ou cognitifs vivant dans des résidences spécialisées comparées à 92 personnes ne bénéficiant pas de ce système. L’intervention testée comporte un système de vidéosurveillance durant au moins un mois, plus en cas de besoin et de manière graduelle, un programme d’aide à la gestion de la dépression avec un «coach» (incluant une information au médecin généraliste), une consultation avec une infirmière faisant le «point sur la vie» (recommandant la consultation d’un médecin généraliste), enfin une consultation chez un médecin généraliste en cas de score au CES-D supérieur à 16 ou après la troisième consultation avec une infirmière.

Les résultats principaux

Après 10 mois, l’étude ne met pas en évidence de bénéfices sur les scores de dépression. Le nombre de troubles anxieux a doublé dans le groupe intervention contrairement à celui du groupe contrôle qui est resté stable. Statistiquement, aucune différence n’est obtenue entre les groupes sur les marqueurs d’anxiété, de dépression ou de qualité de vie. L’étude compare également les coûts de santé. Le groupe intervention présente un surplus de dépenses de 838 euros mais la différence entre les deux groupes n’est pas statistiquement significative. Les auteurs concluent que le système testé n’apporte pas la preuve de son intérêt auprès de personnes qui ne souffrent pas de troubles anxieux ou de dépression et qui vivent en résidence spécialisée.

Le message pour les seniors

Le système de vidéosurveillance testé auprès de personnes âgées vivant en résidence spécialisée n’apporte pas la preuve de son efficacité médicale ou économique. Tout système innovant devrait faire l’objet de ce genre d’étude, c’est loin d’être le cas encore à cause d’une juridiction floue entre un produit de consommation et un produit/dispositif de santé.

Le message pour les professionnels

Le système de vidéosurveillance testé auprès de personnes âgées vivant en résidence spécialisée n’apporte pas la preuve de son efficacité sur des indicateurs anxio-dépressifs, de qualité de vie ou économiques. Ce système aurait même tendance à accroître l’anxiété de leurs utilisateurs.

Le message pour les chercheurs

Cette étude interventionnelle non médicamenteuse ne montre pas de bénéfices ou de coûts efficacité de l’intervention testée. Il faut saluer l’honnêteté des auteurs à publier des résultats qui ne vont pas dans le sens de leurs hypothèses.

Le message pour les décideurs

Le système de vidéosurveillance testé auprès de personnes âgées vivant en résidence spécialisée n’apporte pas la preuve de son efficacité médicale ou économique. Ce système aurait même tendance à accroître l’anxiété de leurs utilisateurs. Tous les systèmes de ce genre devraient pouvoir disposer d’études de cette qualité pour ne pas leurrer leurs utilisateurs. Hélas, c’est loin d’être le cas aujourd’hui.

La référence

Bosmans JE, Dozeman E, van Marwijk HW, van Schaik DJ. Stek ML, Beekman AT van der Horst HE (2013). Cost-effectiveness of a stepped care programme to prevent depression and anxiety in residents in homes for the older people: a randomised controlled trial. International Journal of Geriatric Psychiatry, 10, 1-9.

Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2014). La surveillance électronique à domicile pour prévenir la dépression et l’anxiété des seniors. Blog en Santé, A11.

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