Malade chronique

L’autogestion des troubles anxieux en première intention

L’autogestion des troubles anxieux en première intention

Une méta-analyse prouve les bénéfices de l’autogestion pour les personnes avec des troubles anxieux.

Une méta-analyse suédoise de Haug et ses collaborateurs publiée dans la revue Clinical Psychology Review en 2011 vérifie l’efficacité de l’autogestion dans les troubles anxieux. Les résultats montrent que l’autogestion est une première étape primordiale de prise en charge des personnes souffrant de troubles anxieux. Elle permet d’identifier les besoins des patients et la sévérité des symptômes anxieux.


Le rationnel de l’étude

Les troubles anxieux sont les troubles mentaux les plus répandus au sein de la population générale. 30% de la population est touché par cette maladie chronique. Cependant, la majorité des personnes qui en souffrent ne consultent pas et n’ont pas recours à des soins. Ce manque s’explique principalement par un nombre insuffisant de thérapeutes formés, par le coût des séances et par la gêne, voire la honte, associée à la recherche d’aide.

La technique d’autogestion pourrait renforcer la disponibilité et la motivation des personnes souffrant de troubles anxieux à consulter un spécialiste pour les aider. Cette technique repose sur un manuel comportant des informations, des explications et des exercices pertinents à appliquer au quotidien et en particulier lors de situations stressantes. Cette technique préventive permettrait une régulation efficace des symptômes anxieux. Toutefois, les études vérifiant son efficacité indiquaient des résultats hétérogènes. Une méta-analyse se devait d’identifier les prédicteurs et les modérateurs contribuant à une meilleure application de cette technique.

Une technique d’autogestion des troubles anxieux pourrait diminuer les symptômes anxieux de personnes vulnérables, faciliter l’identification de personnes ayant besoin d’une prise en charge plus soutenue et limiter les dépenses de santé.

La question posée

Une technique d’autogestion proposée en première intention est-elle réellement efficace dans le cas de la prise en charge des troubles anxieux?

La méthode

La méta-analyse suédoise de Haug et ses collaborateurs a recensé 3510 publications portant sur l’autogestion des troubles anxieux. 56 essais randomisés contrôlés répondant aux critères d’inclusion et de non inclusion de la méta-analyse ont été inclus. Les articles retenus portaient sur des individus adultes présentant des troubles anxieux. Le groupe bénéficiant de la technique d’autogestion était comparé à un groupe contrôle et/ou à un autre type de thérapie. Les groupes contrôles concernaient soit un groupe mis sur liste d’attente recevant la technique d’autogestion en fin d’intervention, soit un groupe placebo recevant une intervention sans propriété thérapeutique prouvée. Les thérapies servant de comparaison étaient soit des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) spécialisées dans les troubles anxieux, soit des thérapies non spécifiées dans les études.

Les symptômes anxieux spécifiques étaient le critère principal de jugement. Ils comprenaient les troubles paniques/agoraphobie, la phobie sociale, l’état de stress post-traumatique/stress aigu, les troubles anxio-dépressifs, les phobies spécifiques, les troubles de l’anxiété généralisée, les troubles obsessionnels et compulsifs et les troubles anxieux mixtes. Les critères de jugement secondaires concernaient d’autres signes comme des symptômes dépressifs et la qualité de vie.

L’intervention non médicamenteuse (INM) testée

La technique d’autogestion avait pour but de diminuer les symptômes anxieux des participants. En fonction des études, la technique d’autogestion était basée sur des manuels, sur des logiciels informatiques et/ou sur des échanges par emails avec un psychothérapeute formé. La durée des interventions était comprise entre 3 semaines et 12 semaines.

Les résultats principaux

Les résultats montrent une efficacité de l’autogestion comparable aux thérapies non spécialisées dans les troubles anxieux. Les techniques d’autogestion les plus efficaces sont celles basées sur des logiciels informatiques et sur des échanges par emails avec des psychothérapeutes. Par contre, l’autogestion est moins efficace que les thérapies cognitivo-comportementales spécialisées dans les troubles anxieux.

Elle aide efficacement les personnes souffrant de symptômes anxieux mineurs. Pour celles dont les symptômes sont plus sévères, des prises en charges plus lourdes doivent être proposées ensuite.

La technique d’autogestion est une intervention utile en première ligne ou en première intention.

Une technique d’autogestion proposée en première intention aide efficacement les personnes souffrant de symptômes anxieux mineurs. Des prises en charges plus lourdes doivent être proposées ensuite à celles souffrant de troubles plus importants. 


Le message pour le grand public

L’anxiété n’est pas une fatalité. Elle se soigne. Hélas, trop peu de personnes consultent malgré l’existence de solutions préventives et thérapeutiques efficaces. Un manuel d’autogestion reçu de la part d’un professionnel de santé s’avère déjà suffisamment efficace pour les personnes souffrant de troubles anxieux mineurs. Pour les autres, il encourage à engager une thérapie plus longue.

Le message pour les professionnels

Cette méta-analyse apporte la preuve de l’efficacité de la technique d’autogestion proposée en première intention dans le traitement des troubles anxieux. Certains services de santé proposent des modèles de soins en étape pour la prise en charge de ces troubles. Les interventions non médicamenteuses devraient hiérarchisées en fonction des besoins des patients avec comme première étape l’autogestion.

Le message pour les chercheurs

La méta-analyse montre des résultats prometteurs d’une technique d’autogestion sur la prévention secondaire des troubles anxieux. De futures recherches sont nécessaires pour évaluer le rapport coûts/efficacité de cette technique et tester son efficacité dans d’autres maladies chroniques.

Le message pour les décideurs

Les troubles anxieux concernent 30% de la population générale. Une technique d’autogestion des troubles anxieux est aussi efficace qu’une psychothérapie non spécifique. Elle pourrait ainsi être proposée aux patients dans un premier temps. Il serait ensuite possible de progresser vers des degrés plus complexes de prise en charge lorsque les symptômes anxieux persistent. Il est primordial de développer à l’avenir un modèle de soins par étape pour optimiser la qualité des soins proposée aux personnes souffrant de troubles anxieux.


La référence

Haug T, Nordgreen T, Ost LG, Havik OE (2011). Self-help treatment of anxiety disorders: a meta-analysis and meta-regression of effects and potential moderators. Clinical Psychology Review, 32, 425-445.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2015). L’autogestion des troubles anxieux en première intention. Blog en Santé, A49.

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