La musculation : un antidépresseur efficace pour les seniors

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Un essai randomisé contrôlé américain de Singh et ses collaborateurs publié dans la revue Journal of Gerontology en 2001 teste l’efficacité d’un programme supervisé de 5 mois de renforcement musculaire avec appareils sur la réduction de la symptomatologie dépressive de patients de plus de 60 ans. Les résultats mettent en évidence à la fin du programme et 6 mois après un bénéfice sur les symptômes dépressifs des participants sans différence du nombre de consultations ou du nombre de jours d’hospitalisation.

Le rationnel de l’étude

La dépression est une maladie chronique qui provoque de fréquentes rechutes chez les personnes de plus de 60 ans. La prise de médicaments antidépresseurs chez cette population peut générer plus d’effets secondaires que chez les jeunes adultes selon les auteurs. Un programme d’activité physique intensive pourrait avoir un rapport bénéfice/risque supérieur au médicament comme traitement de la dépression des personnes avançant dans l’âge. Une variété de mécanismes à la fois biologiques, psychologiques et relationnels pourrait expliquer cet effet. Pourtant, en 2001, seules 3 études cliniques sans randomisation avaient tenté de vérifier cette hypothèse auprès de personnes âgées. Les auteurs ont donc conduit le premier essai randomisé contrôlé testant un programme de renforcement musculaire supervisé sur cette population.

La question posée

Un programme supervisé de renforcement musculaire sur appareil a t’il un effet antidépresseur chez les seniors?

La méthode

L’essai randomisé contrôlé américain de Singh et ses collaborateurs, publié dans la revue Journal of Gerontology en 2001, teste les bénéfices d’un programme de musculation supervisé en face à face de 10 semaines (phase 1) puis suivi par téléphone sur 10 semaines (phase 2) sur les symptômes dépressifs à la fin du programme et 6 mois après. Après le programme (semaine 21 à 47), les patients n’étaient plus en contact avec les professionnels de l’étude et n’étaient plus obligés de pratiquer une activité physique. Les patients du groupe contrôle ne réalisaient pas d’activité physique mais avaient accès, lors de la phase 1, à des manuels d’éducation pour la santé. L’étude porte sur 32 personnes âgées de 71 ans de moyenne présentant un score supérieur à 12 à l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI). Le diagnostic de dépression ou de dysthymie en référence au manuel DSM-IV a été confirmé par un entretien avec un médecin. Les patients ont accepté de ne pas prendre de traitements médicamenteux antidépresseurs ou de suivre une psychothérapie durant toute la durée de l’étude.

La mesure de l’évolution de la symptomatologie dépressive a été réalisée avec l’Inventaire de Dépression de Beck (version 1). La compliance au programme de musculation et les effets secondaires ont été évalués chaque semaine.

L’intervention non médicamenteuse (INM) testée

L’INM vise pour les participants un renforcement musculaire. Durant les 10 premières semaines (phase 1), l’activité physique est supervisée par un professionnel et réalisée en laboratoire. Elle s’effectue sur des appareils de musculation. Une séance consiste à réaliser durant au moins 45 minutes 3 séries de 8 répétitions de mouvement isolé à 80% de la charge maximale. Le programme sollicite donc successivement les grands groupes musculaires du haut et du bas du corps. Les participants sont invités à réaliser 3 séances par semaine sur 10 semaines. Chaque mois, un nouveau niveau de force maximale est établi. La phase 2 (semaines 11 à 20) correspond à des exercices non supervisés à une fréquence d’une séance tous les 2 ou 3 jours réalisée au laboratoire, dans un club sportif ou à domicile avec des altères. Un suivi téléphonique est réalisé toutes les semaines.

Les résultats principaux

L’étude montre une réduction significative de la dépression pour le groupe interventionnel comparé au groupe contrôle à la fin de la phase 2 et de la phase 3. Les symptômes somatiques de la dépression sont significativement améliorés. Une tendance est observée pour les symptômes psychologiques. En fin de phase 2, 73% des participants au programme de musculation ne sont plus diagnostiqués comme dépressifs, alors que ce chiffre est de 36% pour le groupe contrôle. L’observance est plus importante lorsque les séances sont supervisées. Les chercheurs n’obtiennent aucune différence au niveau du nombre de consultations ou du nombre de jours d’hospitalisation.

Le message pour les patients

Un programme de musculation de 5 mois diminue l’état dépressif des personnes de plus de 60 ans. Ces exercices améliorent leurs capacités physiques perçues et leurs attitudes envers le vieillissement, en bref leur moral. Ils améliorent aussi les contacts sociaux. Les participants se sont sentis plus aptes à faire face aux événements de la vie quotidienne.

Le message pour les professionnels

Le taux d’efficacité du programme de musculation de 20 semaines à raison de 3 séances par semaine sur les symptômes dépressifs est comparable à ceux des essais combinant antidépresseur et psychothérapie chez les patients âgés. Il est de 73%. L’essai randomisé contrôlé atteste de l’effet antidépresseur de cette intervention non médicamenteuse.

Le message pour les chercheurs

Cette étude porte sur l’effet d’une activité physique de type musculation de 20 semaines sur la symptomatologie dépressive. La mise en place d’une activité physique aérobie aurait-elle eu la même efficacité et la même tolérance? De nouvelles études cliniques sont nécessaires pour cibler spécifiquement des sous-groupes de patients dépressifs tels que les sujets dépressifs sévères afin de définir clairement l’efficacité de l’activité physique. Il est nécessaire d’obtenir plus de données de cette efficacité sur la prévention des récidives d’épisodes dépressifs, sur les individus résistants aux antidépresseurs, sur les troubles bipolaires, sur la fragilité psychologique et sur les troubles cognitifs.

Le message pour les décideurs

Un programme de musculation supervisé durant 10 semaines suivi téléphoniquement 10 semaines présente un effet antidépresseur incontestable chez les personnes de plus de 60 ans. Aucun effet secondaire n’a été constaté, ni coûts supplémentaires en soins. Ce type de programme pourrait être plus diffusé auprès de ces publics.

La référence

Singh NA, Clements KM, Singh MA (2001). The efficacy of exercise as a long-term antidepressant in elderly subjects: A randomized controlled trial. Journal of Gerontology, 56, 497-504.

Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2015). La musculation : un antidépresseur efficace pour certains seniors. Blog en Santé, A39.

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