Traiter une dépression consécutive à une opération du cœur

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Un essai randomisé contrôlé américain de Freedland et ses collaborateurs publié dans la revue Archives of General Psychiatry en 2009 teste les bénéfices de deux psychothérapies sur la dépression de patients venant de se faire opérer d’une artère coronaire. La thérapie cognitivo-comportementale comme un programme individuel de management du stress s’avèrent plus efficaces que de rien faire pour diminuer la déprime post-opératoire.

Le rationnel de l’étude

20% des personnes opérées d’une artère coronaire font une dépression sévère. 50% souffrent de symptômes dépressifs. La dépression est annonciatrice de complications post-opératoires (par exemple des infections…), d’un temps plus long de récupération physique et mentale et d’un risque majoré de décès. Les auteurs s’interrogent sur l’intérêt d’une thérapie cognitivo-comportementale ou d’un programme individuel de management du stress dans la réduction de ces symptômes dépressifs et dans l’amélioration de la qualité de vie.

La question posée

Un psychothérapie a t’elle une utilité pour traiter une dépression consécutive à une opération cardiaque ?

Le protocole

L’essai randomisé contrôlé teste l’efficacité d’une thérapie cognitivo-comportementale et d’un programme de management du stress auprès de patients âgés de plus de 21 ans ayant été opérés d’une artère coronaire dans l’année. 123 patients ont été répartis aléatoirement dans un des 3 groupes. 41 patients ont suivi une thérapie cognitivo-comportementale (TCC), avec une séance individuelle d’une heure maximum par semaine durant 3 mois (un soutien téléphonique avec le thérapeute entre les séances était autorisé). 42 patients ont suivi une intervention de management du stress (apprentissage de techniques de gestion des situations stressantes, relaxation, respiration, imagerie mentale), avec une séance individuelle d’une heure maximum par semaine durant 3 mois (un soutien téléphonique avec le thérapeute entre les séances était autorisé). 40 patients ont suivi le traitement standard, c’est-à-dire sans psychothérapie. Les patients pouvaient recevoir un traitement antidépresseur depuis au moins 6 semaines. II y en avait autant dans chaque groupe, ce qui ne pouvait donc pas fausser les résultats.

Les résultats principaux

Les résultats mettent en évidence une réduction significative des symptômes dépressifs à la fin des interventions non médicamenteuses et 9 mois après pour les groupes ayant réalisé une TCC ou le programme de management du stress. Trois mois après l’intervention, les taux de rémission de dépression sont respectivement 2,6 et 4,1 fois plus élevés pour la TCC et le programme de management du stress. La TCC a diminué également l’anxiété, le sentiment de solitude et le stress perçu. Le groupe de management du stress obtient des résultats similaires, avec un nombre d’abandons plus grand expliqué par le fait que certains patients avaient compris les techniques en 4 à 6 semaines et ne souhaitaient pas aller au bout des 12 séances. L’effet est moins durable pour le groupe de management du stress comparé à la thérapie cognitivo-comportementale. Les résultats aux tests cognitifs n’ont pas été modifiés, les patients ayant juste l’impression d’être plus performants.

Le message pour les patients

Une chirurgie cardiaque provoque une dépression une fois sur trois, voire une fois sur deux. Cette dernière peut être soignée efficacement par une douzaine de séances de thérapie cognitivo-comportementale ou d’atelier de gestion du stress.

Le message pour les professionnels

Une psychothérapie fondée sur la TCC ou le management du stress améliore indiscutablement les taux de rémission de dépression des patients opérés de coronaropathie.

Le message pour les chercheurs

C’est le premier essai randomisé contrôlé qui prouve l’efficacité d’une thérapie cognitivo-comportementale et d’un programme de management du stress auprès de personnes opérées d’une artère coronaire.

Le message pour les décideurs

Une chirurgie cardiaque provoque une dépression une fois sur deux. Cette dépression peut être traitée efficacement par trois mois de psychothérapie spécialisée.

La référence

Freedland KE, Skala JA, Carney RM, Rubin EH, Lustman PJ, Davila-Roman VG, Steinmeyer BC, Hogue CW (2009). Treatment of depression after coronary artery bypass surgery: A randomized controlled trial. Archives of General Psychiatry, 66, 387-396.

Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2014). Traiter une dépression consécutive à une opération du cœur. Blog en Santé, A36.

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