les régimes dangereux

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L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSES) a publié un rapport en 2010 montrant les ravages biologiques, psychologiques, sociaux et économiques des régimes à visée d’amaigrissement. L’analyse de plusieurs régimes amaigrissants «révèle qu’ils peuvent induire des déséquilibres nutritionnels et des inadéquations d’apports (insuffisance et excès), notamment en vitamines et en minéraux» (p. 83). A moyen terme, ces régimes peuvent altérer profondément le fonctionnement osseux, musculaire, métabolique, cardiovasculaire, hormonal et psychologique. Ces modifications stimulent l’entrée dans un cercle vicieux de reprise de poids plus sévère à chaque fin de régime. Dans ce contexte, les auteurs considèrent la pratique régulière d’activité physique adaptée comme un critère essentiel de stabilisation du poids corporel.

Le rationnel

Le surpoids touche 32% des français de plus 18 ans, 14,5% pour l’obésité. Mais désormais, tout un chacun veut maigrir car la maigreur est devenu un critère déterminant de beauté. Ainsi, une course effrénée à la perte de poids débute, en particulier à l’approche de l’été. Les régimes amaigrissants (Dukan, Cohen…) sont-ils une solution efficace à moyen terme et sans danger pour la santé?

La question posée

Un régime amaigrissant sans surveillance médicale est-il dangereux pour la santé?

La méthode

L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSES) a demandé à des experts de se réunir afin de d’analyser l’efficacité des régimes restrictifs (régime amaigrissant, régime hypolipidique, régime hypocalorique, régime hyper-protéiné, régime hypoglucidique) à partir des données de la littérature scientifique et médicale. Une attention particulière a été portée sur les personnes à risque (enfants, personnes âgées, sportifs). Un dossier final de 158 pages a été publié en novembre 2010 par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSES). Il est consultable sur le site de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSES).

Les conclusions principales

Le rapport de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSES) détaille les ravages causés par les régimes à visée d’amaigrissement (Dukan, Cohen…). Aucune efficacité n’a pu être identifiée tellement la reprise de poids après un an est importante (80%) et tellement le manque d’étude clinique à long terme est criant. Un régime ne semble pas meilleur qu’un autre. L’analyse révèle que les régimes amaigrissants peuvent induire des déséquilibres nutritionnels et des inadéquations d’apports (carence et excès) notamment en vitamines et en minéraux. A moyen terme, ces régimes peuvent altérer profondément le fonctionnement osseux (par exemple déminéralisation par manque de calcium), musculaire, métabolique, cardiovasculaire (notamment troubles du rythme cardiaque), hormonal et psychologique (perte de la satiété, addiction, troubles de l’estime de soi, anxiété). Ces troubles physiologiques et psychologiques stimulent l’entrée dans un cercle vicieux de reprise de poids encore plus sévère à chaque fin de régime. Des risques se surajoutent chez les populations spécifiques, les enfants (perturbations de la croissance), les personnes âgées (risque de dénutrition), les sportifs (troubles hormonaux). Les auteurs du rapport recommandent la consultation d’un médecin en cas d’Indice de Masse Corporelle supérieur à 30. Ils recommandent également la pratique régulière d’activité physique pour stabiliser le poids corporel.

Le message général

Sauf en cas de problème majeur de poids (Indice de Masse Corporelle supérieur à 30), l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSES) déconseille de commencer un régime à visée d’amaigrissement. Ces régimes sont encore plus déconseillés pour les personnes n’ayant pas de problèmes de poids, pour les personnes à risque (enfants, personnes âgées, sportifs). Ces régimes augmentent les risques de fractures osseuses et de troubles cardiaques. Ils déstructurent l’appétit jusqu’à faire oublier la faim et le plaisir de manger. Manger devient culpabilisant. Après un an, 80% des personnes ayant suivi un régime restrictif ont repris au minimum leur poids initial.

Le message pour les professionnels

Un régime restrictif est intenable psychologiquement (troubles du comportement alimentaire) et sociologiquement (opulence de la nourriture, mode de vie moderne…). Les désordres physiologiques provoqués par un régime amaigrissant (hypolipidique, hypocalorique, hyper-protéiné, hypoglucidique) peuvent altérer de manière irréversible la santé. A la fin d’un régime, la personne recommence à manger et reprend automatiquement du poids. Le risque de grossir encore plus qu’avant devient alors majeur (effet « yoyo »). Un suivi médical est indispensable en cas de problème de poids. La pratique régulière d’activité physique est indispensable pour stabiliser le poids corporel.

Le message pour les chercheurs

Contrairement à ce qui peut être dit, les régimes restrictifs (hypolipidique, hypocalorique, hyper-protéiné, hypoglucidique) font rarement l’objet de recherches sérieuses, et surtout de long terme (entre 2 et 10 ans). Le rapport de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSES) encourage les chercheurs à s’impliquer sur ce thème qui fait et va faire débat.

Le message pour les décideurs

Un régime amaigrissant (hypolipidique, hypocalorique, hyper-protéiné, hypoglucidique) est dangereux pour la santé et inefficace au bout d’un an (80% de reprise de poids). Réfléchir à la manière de faire reculer le culte de la maigreur dans un monde d’opulence et encourager la recherche interventionnelle destinée à éprouver l’efficacité des régimes restrictifs à moyen terme semblent indispensables.

La référence

Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (2010). Evaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. Maisons-Alfort : ANSES.

Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2014). Les dangers des régimes. Blog en Santé, A13.

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