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L’activité physique: rôle thérapeutique dans la schizophrénie?

L’activité physique: rôle thérapeutique dans la schizophrénie?

Une méta-analyse indique des bénéfices sur la santé mentale et sur le bien-être de l’activité physique pratiquée régulièrement chez des personnes souffrant de schizophrénie.

Une méta-analyse de Gorczynski et Faulkner publiée dans la revue Cochrane Database of Systematic Reviews en 2010 montre des bénéfices psychologiques de l’activité physique régulière chez des personnes souffrant de schizophrénie à partir de trois essais randomisés contrôlés. Les auteurs encouragent les recherches sur des indicateurs biologiques et fonctionnels. 


Le rationnel de l’étude

Améliorer la santé et la qualité de vie des personnes souffrant de schizophrénie est incontestablement une manière de les aider à mieux faire face à la maladie. Ces personnes présentent plus fréquemment que la population générale un surpoids ou une obésité. Sur le plan psychologique, elles souffrent de troubles associés comme une dépression, une faible estime de soi et un repli social qui limitent leur autonomie. Proposer un programme d’activités physiques adaptées supposé avoir des bénéfices sur la santé et la qualité de vie aux personnes souffrant d’une schizophrénie pourrait limiter ces troubles provoquant diverses situations handicapantes dans la vie quotidienne.

Un programme d’activité physique adaptée pourrait prévenir les troubles associés à la schizophrénie. 

La question posée

Quelle sont les bénéfices de l’activité physique sur la qualité de vie des personnes souffrant de schizophrénie?

Le protocole

La méta-analyse de type Cochrane Systematic Reviews a conservé 3 études des 442 documents électroniques recensés dans tous les grands moteurs de recherche scientifiques et médicaux. Les interventions comprenaient essentiellement des activités d’endurance (incluant un temps d’échauffement puis de retour au calme avec relaxation et étirements) sur une durée de 3 à 4 mois en centre spécialisé.

Les résultats principaux

Les résultats de cette méta-analyse montrent des bénéfices des programmes essentiellement au niveau de la santé mentale et du bien être. Les bénéfices sur le plan physique ne sont pas significatifs (e.g., indice de masse corporelle, fréquence cardiaque de repos, tour de taille). Aucun effet secondaire délétère n’a été observé par les 3 essais randomisés contrôlés.

Les bénéfices sur la santé mentale et le bien-être des activités physiques adaptées pour les personnes souffrant de schizophrénie sont démontrées. Aucun effet secondaire délétère n’a été observé.


Le message pour les patients

La pratique régulière d’activité physique est bénéfique à la santé mentale des personnes souffrant de schizophrénie sans qu’aujourd’hui une preuve de dose ou de contenu optimal puisse être apportée. Les auteurs encouragent les patients à être plus actif physiquement, avec l’optique de suivre les recommandations standards, 30 minutes d’activité physique par jour.

Le message pour les professionnels

Les auteurs invitent les cliniciens à faire plus attention à la pratique d’activité physique chez les personnes souffrant de schizophrénie et à tenter de dépasser tous les freins (e.g., risques en lien avec la prise de médicaments, transports, coûts, stigmatisation). Cette pratique s’avère sans effet délétère pour la santé mentale ou physique. Elle présente des bénéfices modestes mais réels sur la santé mentale en 3-4 mois. Des études doivent être menées pour mieux repérer les bénéfices sur la santé physique. Les auteurs encouragent les patients à être plus actifs physiquement, avec l’optique de suivre les recommandations standards, 30 minutes par jour. 

Le message pour les chercheurs

Cette méta-analyse ne comporte que trois essais randomisés contrôlés. La portée conclusive est donc limitée d’autant que les trois études n’ont pas été faites en double-aveugle. Cette limite méthodologique peut avoir tendance à surestimer les bénéfices des interventions testées. Toujours est-il, cette publication montre que des essais randomisés contrôlés sont réalisables auprès de personnes souffrant de schizophrénie. Sachant que les 3 études retenues sont récentes (2005, 2007 et 2008), c’est le signe d’une éclosion qui va s’amplifier dans les prochaines années.

Le message pour les décideurs

Encourager la pratique d’activité physique chez les personnes souffrant de schizophrénie devient important. Cette publication donne du poids et des arguments pour convaincre les familles, les équipes multidisciplinaires, les personnels administratifs de dépasser leurs peurs et leurs contraintes en tout genre envers la pratique d’activité physique pour ces publics.


La référence

Gorczynski P, Faulkner G (2010). Exercise therapy for schizophreniaCochrane Database of Systematic Reviews, 5, CD004412.


Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2014). L’activité physique: rôle thérapeutique dans la schizophrénie? Blog en Santé, A10.

© Copyright 2014 Grégory Ninot. All rights reserved.

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