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Optimiser la dose d’activité physique lors d’une chimiothérapie

Optimiser la dose d’activité physique lors d’une chimiothérapie

Un essai clinique compare trois programmes d’activités physiques d’intensité et de modalité différentes auprès de femmes atteintes d’un cancer du sein et traitées par chimiothérapie.

Un essai randomisé contrôlé canadien de Courneya et ses collaborateurs publié dans la revue Journal of  the National Cancer Institute en 2013 compare l’efficacité de trois programmes d’activités physiques sur le fonctionnement physique, la fatigue, la condition physique et le taux d’achèvement de la chimiothérapie chez des patientes traitées pour un cancer du sein. Les résultats montrent qu’une dose élevée d’exercices physiques est plus efficace qu’une dose standard. Un volume élevé d’exercices d’endurance freine l’impact négatif de la chimiothérapie sur les capacités aérobies, le fonctionnement physique, la douleur corporelle, la fatigue et les symptômes endocriniens. Un programme combinant endurance et renforcement musculaire améliore la condition physique musculaire et attenue l’aggravation des symptômes endocriniens.


Le rationnel de l’étude

Les exercices physiques d’endurance et de renforcement musculaire, séparés ou combinés, amélioreraient le fonctionnement physique et la gestion des symptômes chez les patientes traitées par chimiothérapie pour un cancer du sein. Certaines études cliniques ont comparé les doses et les types d’exercices physiques pour mettre en évidence la prescription optimale et en tirer les meilleurs bénéfices. Cependant, il est difficile de savoir si les effets sont imputables à un effet du type d’exercice ou simplement à un effet de la dose d’exercice. Cet essai vise à comparer l’efficacité de doses et de types d’exercices différents sur le fonctionnement physique et les symptômes de patientes atteintes de cancer et traitées par chimiothérapie.

Les bénéfices d’un programme d’activités physiques constaté dans de nombreuses études proviennent-ils de la dose d’activités physiques, du type, ou de la combinaison des deux? 

La question posée

A quelle dose et selon quel effort obtient-on les meilleurs bénéfices sur le fonctionnement physique, la gestion des symptômes et la fatigue lors des traitements du cancer du sein par chimiothérapie?

La méthode

L’essai randomisé contrôlé canadien de Courneya et ses collaborateurs compare trois groupes bénéficiant d’un programme d’activités physiques distinct. 301 patientes âgées de plus de 18 ans, ayant un cancer du sein de stade 1 à 3 et étant traitées par chimiothérapie, ont été recrutées dans trois centres hospitaliers canadiens (Edmonton, Ottawa et Vancouver). Les patientes ont été évaluées avec des questionnaires et des tests physiques en début et en fin de chimiothérapie. Elles ont repassé ces évaluations à six mois, un an et deux ans.

L’intervention non médicamenteuse (INM) testée

Les trois programmes d’Activités Physiques Adaptées débutaient dans les deux premières semaines du début de la chimiothérapie et finissaient entre trois et quatre semaines après la fin de la chimiothérapie. Les exercices d’endurance étaient réalisés sur vélo d’appartement, vélo elliptiques, tapis roulant ou rameur. En début de programme, l’intensité était fixée entre 55% et 60% de la VO2max. A 6 semaines, elle était fixée entre 70% et 75% de la VO2max. Tous les programmes étaient supervisés par un professionnel formé. Les programmes d’exercices étaient les suivants.

Programme STAN:
Les patientes devaient réaliser 75 minutes par semaine d’exercices d’endurance intense. Les séances sont étalées sur trois jours de la semaine. Chaque séance devait durer entre 25 et 30 minutes.

Programme HIGH:
Les patientes devaient réaliser 150 minutes d’exercice d’endurance par semaine, 3 jours par semaine. Chaque séance devait durer entre 50 et 60 minutes. Programme COMB: Les patientes suivaient le même programme d’endurance STAN. En plus, elles devaient réaliser des exercices de renforcement musculaire. Celui-ci comportait deux séries de 10 à 12 répétitions de 9 exercices classique de renforcement musculaire (extension des jambes, flexion des jambes, presse, extension des mollets, développé-couché, travail des trapèzes, extension des triceps, flexion des biceps, abdominaux). La charge maximale était estimée entre 60% et 75% du poids maximum que les patientes pouvant soulever (une répétition maximale).

Programme COMB:
Ce programme combinait 30 à 35 minutes de renforcement musculaire à 25 à 30 minutes d’exercices d’endurance pour un total de 50 à 60 minutes par séance. Le programme durait donc 150 minutes par semaine.

Les résultats principaux

Le programme HIGH (150 minutes d’effort d’endurance par semaine) réduit davantage la douleur corporelle et la fatigue que le programme STAN (75 minutes d’effort d’endurance par semaine). La réduction de la douleur corporelle est également plus importante avec le programme HIGH qu’avec le programme COMB.

Les programmes COMB et HIGH sont plus efficaces pour réduire les symptômes endocriniens que le programme STAN.

Le programme COMB a de meilleurs bénéfices sur la force musculaire et l’endurance que les programmes STAN et HIGH. L’étude ne montre pas de différence entre les trois programmes d’activités physiques sur le fonctionnement physique global.

Aucun problème de santé n’est à déplorer chez les participantes.

Deux heures et demi par semaine de pratique physique d’endurance ou combinant endurance et renforcement musculaire améliorent l’état de santé et la qualité de vie des patientes et n’interfèrent pas avec la chimiothérapie.


Le message pour les patients

Toute patiente traitée pour un cancer du sein devrait pratiquer deux heures et demi d’activité physique soutenue durant la période de chimiothérapie. Les efforts peuvent être d’endurance ou combiné (endurance et renforcement musculaire). Ils devraient être encadrés par des professionnels des Activités Physiques Adaptées.

Le message pour les professionnels

Toute patiente traitée pour un cancer du sein devrait pratiquer deux heures et demi d’activité physique soutenue durant la chimiothérapie pour limiter les effets secondaires, augmenter la condition physique et améliorer la qualité de vie. Cette pratique devrait s’inscrire en routine dans soins de support en oncologie. Il est nécessaire de les recommander aux patients dans la mesure où un professionnel les encadre pour éviter tout problème.

Le message pour les chercheurs

Cet essai clinique multicentrique est novateur concernant du type et de la dose d’activités physiques pour des patientes traitées par chimiothérapie pour un cancer du sein.

Le message pour les décideurs

Un programme d’activité physique supervisé par un professionnel des Activités Physiques Adaptées combinant ou non des exercices d’endurance avec des exercices de renforcement musculaire à une intensité élevée est réalisable et sûr pendant une chimiothérapie pour les patientes atteintes de cancer du sein.


La référence

Courneya KS, McKenzie DC, Mackey JR, Gelmon K, Friedenreich CM, Yasui Y, Reid RD, Cook D, Jespersen D, Proulx C, Dolan LB, Forbes CC, Wooding E, Trinh L (2013). Effects of exercise dose and type during breast cancer chemotherapy: multicenter randomized trial. Journal of the National Cancer Institute, 105, 1821-1832.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2015). Optimiser la dose d’activité physique lors d’une chimiothérapie. Blog en Santé, A53.

© Copyright 2015 Grégory Ninot. All rights reserved.

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