Malade chronique

Un conseil diététique évite le diabète de type 2

Un conseil diététique évite le diabète de type 2

Une méta-analyse évalue l’efficacité de conseils diététiques personnalisés sur la prévention du diabète de type 2 chez des personnes à risque.

Une méta-analyse anglaise de Nield et ses collaborateurs publiée dans la revue Cochrane Collaboration en 2008 vérifie l’efficacité de conseils personnalisés réalisés par un diététicien sur la prévention du diabète de type 2 chez des adultes à risque. Les résultats montrent que le risque d’avoir un diabète de type 2 dans les 6 années qui suivent l’intervention diététique est réduit par 3 par rapport à des personnes n’ayant pas reçu de conseil.


Le rationnel de l’étude

Le diabète de type 2 est une maladie du métabolisme. L’organisme présente un défaut de sécrétion de l’insuline ou de l’action de l’insuline, ou des deux à la fois. La maladie se traduit par un taux trop élevé de sucre dans le sang, appelé hyperglycémie chronique. Les complications à long terme de cette maladie chronique touchent plus particulièrement les yeux, les reins, les nerfs et les vaisseaux sanguins. Le risque d’avoir une maladie cardiovasculaire est fortement augmenté. Dans 80% des cas, l’obésité est la cause du diabète de type 2 car elle contribue à augmenter l’intolérance à l’insuline. Les causes possibles de diabète de type 2 sont aussi un âge avancé, un faible poids à la naissance, des antécédents familiaux de diabète et l’inactivité physique.

2,35 millions d’anglais sont diabétiques. Ce chiffre augmente de manière exponentielle. Le diabète de type 2 n’est pas toujours repéré à temps par les médecins. Les patients ignorent les signes car les symptômes ne sont pas flagrants comme dans d’autres maladies chroniques. La plupart des patients diabétiques de type 2 ont eu une hyperglycémie dans les 5 à 10 années avant le diagnostic. Cette maladie ne se guérit pas et devient donc chronique.

Le coût des traitements est considérable, environ 1,8 milliards de livres sterling par année rien que pour l’Angleterre. Les soins comprennent un suivi diététique pour aider à ralentir la progression du diabète vers des complications graves, mais il est déjà bien trop tard pour éviter des dommages irréversibles. Tout l’enjeu de cet article est de voir comment prévenir par un conseil diététique approprié l’apparition du diabète de type 2 chez des personnes sensées être plus exposées, autrement dit plus à risque, et de savoir si ces stratégies sont efficaces.

80% des cas de diabète de type 2 sont liés à l’obésité. Agir précocement auprès des personnes obèses par un conseil diététique approprié pourrait leur éviter ce diabète chronique et limiter considérablement les dépenses de santé. 

La question posée

Un programme diététique visant à changer les habitudes alimentaires diminue-t-il vraiment les risques d’avoir un diabète de type 2?

La méthode

Les auteurs ont recensé 3946 publications sur le sujet jusqu’en décembre 2007. 132 publications ont retenu leur attention pour leur pertinence. Sur ces 132 publications, 127 ont été exclues dont 88 parce que leurs méthodologies n’utilisaient pas l’essai randomisé contrôlé. La revue systématique de type Cochrane se base ainsi sur deux essais randomisés contrôlés ayant fait l’objet de cinq publications. Les deux études compilées par la méta-analyse étaient composées au total de 358 participants, 176 dans le groupe contrôle et 182 dans le groupe diététique. L’âge moyen des hommes et des femmes était de 45 ans.

Les participants de l’étude de Pan et ses collaborateurs publié en 1997 ont placés aléatoirement dans le groupe diététique ou dans le groupe contrôle. Ils ont été recrutés à la suite d’un dépistage d’une tolérance au glucose réduite. L’étude a été menée pendant 6 ans. Le critère de jugement principal de cette étude est l’incidence du diabète de type 2. Les participants de l’étude de Torjesen et ses collaborateurs publiée également en 1997 ont une tolérance au glucose réduite. Les mesures concernaient le contrôle glycémique et la durée entre la mise en place de l’intervention et le diagnostic de diabète de type 2.

L’intervention non médicamenteuse (INM) testée

Dans l’étude de Pan, l’objectif de l’intervention diététique était de réduire le poids corporel. Le programme diététique demandait aux participants d’augmenter leur consommation de légumes riches en fibres et de réduire les apports en matières grasses (notamment celles saturées) et sucres. Les participants qui avaient un indice de masse corporelle (IMC) inférieur à 25kg/m2 recevait un apport alimentaire équivalent à 25 à 30 kcal par kg de poids corporel, composé de 55 à 65 % de glucides, de 10 à 15 % de protéines et de 25 à 30 % de matières grasses. Les patients avec un IMC supérieur à 25 kg/m2 étaient encouragés à réduire leur prise de calories dans le but de perdre du poids de l’ordre de 0,5 à 1 kilos par mois pour atteindre un IMC normal de 23 kg/m2. Les patients ayant de l’hypertension devaient diminuer leur apport en sel. Une liste contenant les apports alimentaires quotidiens recommandés était fournie. Tous les patients ont reçu des conseils individuels de leur médecin sur leur alimentation quotidienne. Ils ont également suivi des séances en groupe restreint avec un diététicien chaque semaine durant le premier mois, puis mensuelles durant le premier trimestre et enfin trimestrielles durant 6 ans. Les séances se déroulaient dans un centre spécialisé.

Dans l’étude de Torjesen, l’objectif était de diminuer la prise alimentaire totale de calories. Les diététiciens demandaient aux participants d’augmenter les portions de poissons, de légumes et de glucides riches en fibres et de diminuer les matières grasses et les aliments trop sucrés. Une réduction du poids du corps de 0,5 kg à 1 kg par mois était visée. Une réduction de 2 kg par mois était recommandée pour les personnes obèses (IMC supérieur à 25kg/m2). A la fin de chaque session supervisée et individualisée, les patients recevaient un programme diététique comprenant 5 à 10 points les plus importants. Leurs habitudes alimentaires ont été suivies à 3 mois et à 9 mois. Les séances se déroulaient dans un centre spécialisé.

Les résultats principaux

Les résultats de l’étude de Pan montrent une réduction de l’incidence du diabète de type 2 de 33% grâce à une intervention en diététique par rapport au groupe contrôle. Cette intervention a eu un effet bénéfique sur la glycémie à jeun, le poids, le tour de taille et la tension artérielle. Dans le groupe contrôle, le risque d’avoir un diabète de type 2 est plus important chez les individus en surcharge pondérale ou obèses (> 25 kg/m2) que chez les individus avec un IMC inférieur à 25 kg/m2. Les conseils diététiques ont eu un effet favorable sur l’incidence du diabète chez les individus en surcharge pondérale ou obèses. Les résultats de l’étude de Torjesen montrent une amélioration de la tolérance à l’insuline, de l’insuline à jeun, du glucose sanguin, du poids et de l’IMC pour le groupe bénéficiant des conseils diététiques. Par contre, le risque de développer un diabète de type 2 pour les personnes avec un poids inférieur à 25 kg/m2 n’est pas été modifié par l’intervention en diététique.

Le risque de survenue d’un diabète de type 2 est diminué par 3 par un conseil diététique chez les personnes en surpoids ou obèses.  


Le message pour le grand public

Manger davantage de fruits, de légumes riches en fibres et de poissons et réduire la consommation d’aliments gras, sucrés et salés diminue d’un tiers le risque d’avoir un diabète de type 2 pour les personnes en surpoids ou obèses. Suivre les conseils d’un diététicien s’avère des plus utiles pour éviter ce risque de maladie chronique très handicapante à la longue.

Le message pour les professionnels

Cette méta-analyse apporte la preuve qu’un conseil diététique individuel ou en groupe supervisé par un professionnel divise par trois le risque de diabète de type 2 chez les personnes en surcharge pondérale ou obèses. L’objectif de cette intervention est de diminuer le poids corporel. Elle privilégie la sélection des aliments consommés et la progressivité et ne rentre pas dans la logique des régimes hypocaloriques à court terme.

Le message pour les chercheurs

La méta-analyse montre des résultats prometteurs d’un programme de conseils diététiques pour éviter l’apparition du diabète de type 2. Hélas, cette conclusion ne se fonde que sur deux essais randomisés contrôlés, ce qui en limite la portée. De nouvelles études devront comparer le rôle de la prise en charge individuelle ou collective. De futures études sont également nécessaires pour évaluer l’efficacité de ce type d’interventions sur la mortalité, les comorbidités, la qualité de vie et les effets secondaires chez des personnes à risque et comparer leur coût-efficacité.

Le message pour les décideurs

Un programme de conseil diététique diminue de 33% le risque de développer un diabète de type 2 chez des personnes en surpoids ou obèses. Cette maladie chronique, dont le nombre ne cesse d’augmenter, coûte 1,8 milliards de livres sterling par an au système de santé anglais. Une action de prévention secondaire basée sur des conseils diététiques pourrait réduire l’apparition de nouveaux cas de diabète de type 2 et largement diminuer les coûts financiers et humains.


La référence

Nield L, Summerbell CD, Hooper L, Whittaker V, Moore H (2008). Dietary advice for the prevention of type 2 diabetes mellitus in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews, 3, CD005102.


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Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2015). Un conseil diététique évite le diabète de type 2. Blog en Santé, A42.

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