Malade chronique

Améliorer l’observance médicamenteuse dans le diabète de type 2

Améliorer l’observance médicamenteuse dans le diabète de type 2

 Une méta-analyse compare l’efficacité de stratégies d’amélioration de la prise de médicaments dans le diabète de type 2.

La prise de médicaments non conforme à la prescription de son médecin provoque de graves conséquences de santé chez les patients souffrant d’un diabète de type 2. Cette étude recense les stratégies visant à améliorer l’observance médicamenteuse et en compare leur efficacité en utilisant la méthodologie de type méta-analyse. Vermeire et ses collaborateurs ont publié ce travail dans la revue Cochrane Database of Systematic Reviews en 2005. Le manque flagrant d’études cliniques de qualité ne permet pas de conclure quoi que ce soit à cette question pourtant centrale.


Le rationnel de l’étude

La non prise des médicaments prescrits provoque de graves complications sur la santé des patients souffrant d’un diabète de type 2. Ces complications altèrent le fonctionnement des vaisseaux sanguins, des neurones, des reins et des yeux. Les conséquences de cette non observance (adherence en anglais) deviennent irréversibles alors qu’elles auraient pu être évitées tout simplement en suivant à la lettre la prescription médicamenteuse de son médecin. L’étude s’interroge sur les meilleures stratégies à recommander pour améliorer la prise de médicaments dans une maladie chronique si fréquente et en forte augmentation comme le diabète de type 2.

Un patient diabétique sur deux prend correctement ses médicaments. Quelle intervention comportementale recommander pour améliorer ce taux?

La question posée

Quelle est la meilleure intervention non médicamenteuse permettant d’améliorer la prise des médicaments prescrits chez les patients souffrant d’un diabète de type 2?

Le protocole

La méta-analyse publiée en 2005 compare les bénéfices d’interventions pour améliorer les bénéfices de la prise des traitements dans le diabète de type 2. Laméta-analyse inclus tous les essais cliniques randomisés publiés sur le sujet ainsi que les essais non randomisés et les études de suivi. Elle vise à comparer les actions éducatives (documentations, feedbacks), les stratégies motivationnelles, les systèmes d’aide à la décision épaulés par des appareils électroniques, les programmes planifiés avec un soignant et l’organisation des soins spécifique au diabète de type 2. Les études étaient incluses dans l’analyse si la période d’intervention étaient d’au moins de 3 mois et si le suivi des patients durait au moins 3 mois après l’intervention. La méta-analyse s’appuie sur les résultats de 21 études (14 essais randomisés contrôlés, 1 essai randomisé contrôlé en cross-over, 1 essai contrôlé, 4 études avant-après, et 1 étude de cohorte), soit en tout 4135 patients. Les critères principaux d’efficacité sont les impacts sur la santé (symptômes, hospitalisations, consultations), les indicateurs directs du diabète (taux de glucose, taux de lipides, pression sanguine, taux de créatinine, tabagisme), et les indicateurs indirects (consommation de médicaments). Des critères secondaires d’efficacité sont ensuite comparés, comme le bien-être, la qualité de vie et la satisfaction mesurés par questionnaire.

Les résultats principaux

Les auteurs ont regroupé les interventions en 5 catégories, l’intervention d’une infirmière (essentiellement par téléphone), l’intervention d’un pharmacien (lors de la prise de rendez-vous), l’aide matérielle et les visites à domicile (système d’autogestion des médicaments), les programmes d’éducation sur le diabète, et le pilulier. L’intervention d’une infirmière agit sur un indicateur majeur du diabète, l’HbA1c. Il n’y a pas de changement sur les autres critères d’évaluation mesurés par rapport aux groupes contrôle. L’intervention d’un pharmacien n’a pas modifié l’observance, ni le contrôle métabolique ou d’autres symptômes. L’aide matérielle et les visites à domicile profitent aux patients à haut risque de santé et d’hospitalisation tant au niveau métabolique que symptomatique. Les programmes d’éducation sur le diabète ne modifient pas les taux sanguins et les indicateurs cliniques différemment des groupes contrôle. En revanche, les connaissances sur le diabète s’améliorent. Le pilulier n’apporte rien de plus que le groupe contrôle.

L’intervention testée agit sur un indicateur majeur du diabète, l’HbA1c. Il n’y a pas de changement sur les autres critères d’évaluation par rapport aux groupes contrôle.


Le message pour les patients

Les données de la littérature sont encore insuffisantes pour pouvoir répondre à la question posée.

Le message pour les professionnels

Les ambitions des auteurs menant une méta-analyse sont le plus souvent pavées de bonnes intentions. Hélas, le manque d’études cliniques rigoureuses amène les chercheurs à faire des regroupements artificiels qui au bout du compte n’apportent rien à la connaissance. Cette publication en est l’illustration alors que le sujet traité est des plus intéressants.

Le message pour les chercheurs

Les auteurs estiment que 5 des 21 études intégrées dans la méta-analyse sont de faible qualité. Seulement 14 des 21 études sont des essais randomisés contrôlés. Les critères d’efficacité sont vastes. Les délais d’intervention et de suivi varient d’une étude à l’autre. Les catégories d’interventions non médicamenteuses ne sont pas claires. Devant une telle hétérogénéité des données disponibles et un nombre d’études rigoureuses si limité, on peut se demander si de tels résultats méritent d’être publiés et s’ils amènent quelque chose de nouveau à la connaissance.

Le message pour les décideurs

Il est nécessaire dans un proche avenir de mieux classifier les interventions non médicamenteuses afin de pouvoir vérifier et comparer leurs efficacités respectives notamment dans l’observance des traitements biologiques.


La référence

Vermeire E, Wens J, Van Royen P, Biot Y, Hearnshaw H, Lindenmeyer A (2005). Interventions for improving adherence to treatment recommendations in people with type 2 diabetes mellitusCochrane Database of Systematic Reviews, 2, CD003638.


Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2014). Améliorer l’observance médicamenteuse dans le diabète de type 2. Blog en Santé, A22.

© Copyright 2014 Grégory Ninot. All rights reserved.

One thought on “Améliorer l’observance médicamenteuse dans le diabète de type 2
  1. Martin says:

    Ce contenu m’a beaucoup intéresse dans votre article : « Il est nécessaire dans un proche avenir de mieux classifier les interventions non médicamenteuses afin de pouvoir vérifier et comparer leurs efficacités respectives notamment dans l’observance des traitements biologiques. » La valeur de cette conclusion n’est plus à démonter.

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