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Apprendre à gérer une maladie respiratoire fait faire des économies

Apprendre à gérer une maladie respiratoire fait faire des économies

Une étude prouve l’efficacité et le coût/efficacité d’un programme d’un mois d’éducation thérapeutique à l’hôpital chez des patients souffrant d’une BPCO.

Un essai randomisé contrôlé de Ninot et collaborateurs publiée dans la revue Respiratory Medicine en 2011 teste les bénéfices d’un programme d’éducation thérapeutique basé sur l’exercice physique au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Montpellier auprès de 38 patients présentant une Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO). Les résultats mettent en évidence une amélioration de l’autonomie physique et de la qualité de vie des participants avec le programme. Après un an, ces améliorations sont encore présentes et s’accompagnent d’une diminution des traitements médicamenteux non programmés (économie de 481€ par an et par patient). Cette étude apporte la preuve qu’un programme d’éducation thérapeutique agit sur des indicateurs physiologiques et psychologiques tout en réduisant les coûts de santé dans l’année qui suit la réalisation du programme. Par contre, ce dernier n’est pas suffisamment intense pour modifier le nombre ou la durée des hospitalisations.


Le rationnel de l’étude

La Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO) est la cinquième cause de mortalité dans le monde. Elle touche un million et demi de personnes rien qu’en France. La cause de cette maladie est essentiellement le tabagisme actif et/ou passif. La BPCO est pour l’instant non guérissable. Plus le diagnostic de BPCO est tardif, plus les dommages collatéraux sont importants. Ces conséquences imposent un traitement au long cours et un ajustement des conduites de santé. Or, 50% patients des patients ne suivent pas correctement leur traitement. 75 à 85% d’entre eux ne changent pas de conduites de santé après le diagnostic. Ils continuent à souffrir de leur essoufflement et développent de nouveaux symptômes comme la fatigue, l’anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, le surpoids. Ces patients multiplient le recours à des consultations non programmées, des soins d’urgence et des hospitalisations. Pour contrecarrer ces effets, on a longtemps pensé qu’une information donnée par un professionnel de santé ou un document pédagogique suffirait à l’adoption et au maintien de stratégies d’autogestion de la maladie et de conduites favorables à la santé. Or ce n’est pas le cas. Les méthodes d’éducation thérapeutique à visée informationnelle ne profitent qu’à peu de patients, en général ceux ayant des contacts avec le milieu de la santé. Cet apprentissage devrait théoriquement passer par des phases d’information suivies de cas pratiques, c’est le but de cette étude.

L’éducation thérapeutique fait-elle faire des économies tout en bénéficiant aux patients BPCO? 

La question posée

Un programme d’éducation thérapeutique de huit séances à l’hôpital est-il efficace pour atténuer la sensation de dyspnée, augmenter l’autonomie physique et améliorer la qualité de vie des patients BPCO tout en réduisant les hospitalisations et les traitements non programmés?

Le protocole

Cet essai randomisé contrôlé français teste l’efficacité d’un programme d’éducation thérapeutique composé de deux séances par semaine à l’hôpital durant un mois. Les séances de groupes de deux heures comprennent des informations pratiques et une initiation à l’exercice physique au seuil ventilatoire, des conseils nutritionnels et des informations pratiques sur l’auto-gestion de la BPCO. Les participants sont invités à poursuivre ces activités à domicile. Le groupe contrôle suit les recommandations et les traitements classiques. L’étude compare 18 patients BPCO ayant participé au programme d’éducation thérapeutique à 20 patients sans intervention répartis aléatoirement. Les analyses portent sur la tolérance à l’effort via le test de marche de six minutes, la qualité de vie mesurée avec le questionnaire Saint George (SGRQ) et les coûts directs des soins non programmés durant l’année qui suit le programme.

Les résultats principaux

Les résultats de cet essai non médicamenteux montrent des bénéfices statistiquement significatifs du groupe d’éducation thérapeutique comparé au groupe contrôle à la fin du programme. Ces bénéfices persistent après un an au niveau de la tolérance à l’effort (progrès en moyenne de 30 m au test de marche de six minutes pour le groupe Education thérapeutique) et de la qualité de vie (amélioration de 7,6 au score Total du questionnaire Saint George pour le groupe Education thérapeutique). Par ailleurs, les résultats ne montrent pas de diminution du nombre de jours d’hospitalisation l’année qui suit le programme d’éducation thérapeutique, juste une réduction des coûts des traitements médicamenteux non programmés (481 € en moyenne par an et par patient).

Un programme d’éducation thérapeutique améliore la qualité de vie des patients BPCO tout en permettant une économie en moyenne de 481 euros par an et par patient. 


Le message pour les patients

Cette étude démontre qu’une sensibilisation à l’activité physique dans le cadre d’un programme d’éducation thérapeutique est bénéfique aux patients souffrant de BPCO. Suivre un programme d’éducation thérapeutique incluant des messages spécifiques sur la pratique d’activité physique d’un mois en centre hospitalier permet de mieux comprendre la maladie et d’adopter des comportements qui vont améliorer la qualité de vie et l’autonomie physique. 

Le message pour les professionnels

Huit séances ambulatoires en un mois en centre hospitalier d’éducation thérapeutique associée à une sensibilisation à l’activité physique adaptée au seuil ventilatoire suffisent à améliorer la tolérance à l’effort et la qualité de vie de patients BPCO. Ces bénéfices persistent après un an. Il permet d’économiser 481 € par an et par patient de traitements pharmacologiques non programmés. C’est l’une des premières études françaises prouvant l’efficacité médico-économique d’un programme d’éducation thérapeutique. 

Le message pour les chercheurs

Dix ans se sont écoulés entre le début de l’étude et sa publication. Du côté des patients, comme du côté des professionnels de santé et des chercheurs, la recherche interventionnelle non médicamenteuse mériterait d’être plus connue et mieux aidée. En tout cas, le chercheur doit s’armer de patience dans ce genre d’études.

Le message pour les décideurs

Huit séances d’éducation thérapeutique et de sensibilisation à l’activité physique adaptée suffisent à améliorer l’autonomie physique et la qualité de vie des patients souffrant de BPCO. Ce programme économise 481 € par an et par patient de soins non programmés. L’essor de l’éducation thérapeutique dans la BPCO ne souffre plus de discussions avec ce genre d’étude.


La référence

Ninot G, Moullec G, Picot MC, Jaussent A, Hayot M, Desplan M, Brun JF, Mercier J, Prefaut C (2011). Cost-saving effect of supervised exercise associated to COPD self-management education program. Respiratory Medicine, 105, 377-385.


Pour citer cet article du Blog en Santé ©

Ninot G (2014). Apprendre à gérer une maladie respiratoire fait faire des économies. Blog en Santé, A6.

© Copyright 2014 Grégory Ninot. All rights reserved.

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